Cette semaine, la résolution du meurtre de Rosie Larsen s’est fait tirer la bourre par un groupe de jeunes filles pendant qu’on s’assassinait à tour de bras chez les Borgias. Bref, c’était la dernière semaine de transition avant que tous les programmes de l’été ne se mettent en place. Et l’occasion de découvrir que les acteurs québécois commencent à envahir les programmes US…
Au rayon des petites news, on notera la fin du duo Nurse Jackie & The Big C qui ne semble pas plus avoir enchanté la critique que le public. Les deux séries seraient-elles fatiguées ? A vous de me le dire… On ne regrettera pas, en revanche, le départ de l’ultra-timorée The Client List qui voyait Jennifer Love Hewitt interpréter une prostituée capable de résoudre les problèmes de tous les couples en crise (sans même avoir à coucher avec ses clients !), ou de l’effroyable How to be a Gentleman, sitcom purement honteuse dont la chaîne se débarrassait des derniers épisodes dans la case maudite du samedi soir.
C’est plutôt du côté des retours qu’il y avait quelques bonnes surprises. On passera sur The Exes, qui malgré son lot d’acteurs sympathiques, s’avère être une sitcom lourdingue et peu drôle, et on se penchera du côté de Wilfred, l’homme chien qui parle à Frodon (tout un concept !) A noter aussi le retour de Futurama, qu’on ne présente plus, ainsi que de Falling Skies, la série présentant de fiers américains luttant pour survivre après une invasion extra-terrestre. La première saison était franchement décevante, la deuxième démarre assez fort pour nous y faire croire à nouveau…
Aie aie aie ! Difficile d’être convaincu par la première nouveauté de la semaine, Hollywood Heights. Bon, il faut préciser qu’il s’agit d’un programme un peu particulier, non seulement car c’est une des très rares séries live à être diffusée sur Nickelodeon (dans la partie Nick at Nite), chaîne autrement spécialisée dans les programmes pour enfants ; mais aussi car il s’agit d’un soap, d’un vrai – comprendre par là qu’à la différence de Dallas ou Desperate Housewives, Hollywood Heights est diffusée tous les soirs de la semaine, pour un totale de 90 épisodes pour cette première saison. C’est donc plus à rapprocher d’une sorte de Plus Belle la Vie à Hollywood, ou même – pour les connaisseurs – à une vraie telenovela (la série est d’ailleurs adaptée d’une d’entre elles.) Le gros, gros, gros problème d’Hollywood Heights est qu’il est totalement impossible de s’identifier à l’un des personnages. Entre le chanteur beau-gosse mais con comme la lune, l’acteur dépravé (ah ben si, il met de la vodka dans son jus d’orange), la top model en pleine crise amoureuse, la blondasse stupide qui fait rien qu’à dire à son père que d’abord elle fait ce qu’elle veut, ou encore les deux héroïnes qui forment le tandem classique de l’hystéro sans talent qui accompagne la jeune fille sage super douée, on fait face à une galerie de clichés, d’archétypes préhistoriques, mais pas à de vrais personnages en plusieurs dimensions. Du coup, autant vous l’avouer, je n’ai pas eu le courage de regarder plus loin que le premier épisode. Il faut dire que, comme pour tous les vrais soaps, le programme ne peut pas trop compter sur sa réalisation sans le sou ou ses scénarios ultra bavards pour tenter de rattraper le coup. Nickelodeon joue beaucoup en programmant ce show d’un autre genre, tente une expérience culottée… mais malheureusement de mon côté, je dirai simplement stop.
La deuxième nouveauté de la semaine n’a en réalité pas grand chose de nouveau. Avec The Soul Man, Cedric the Entertainer, célèbre acteur de comédie black, propose une sitcom à l’ancienne, extrêmement communautariste et au final franchement désespérante. Fallait-il en attendre plus d’un spin-off de Hot in Cleveland, autre sitcom diffusée sur TV Land, et qui ne fera rire que… heu… non je trouve pas. L’histoire de ce chanteur de R’n'B qui devient pasteur et qui découvre que c’est dur parfois mais heureusement toute sa famille est là pour l’entourer – barfff, ça y est je me suis endormi. Oui, bon, à l’extrême limite, y a des scènes de gospel pour ceux qui adoreraient vraiment ça… mais franchement…
Ok, ok, c’est vrai, on avait bien envie de se moquer de la troisième (et dernière) nouveauté de la semaine. Il faut dire qu’avec son titre très culcul, Baby Daddy ne laissait pas espérer grand chose, d’autant plus qu’il s’agit d’une sitcom pour ABC Family, chaîne pas vraiment spécialisée dans ce format ou alors plutôt propice à nous vendre des programmes franchement pas folichon (si vous avez le courage, jetez un oeil à Melissa and Joey pour comprendre.) Première surprise : on retrouve dans le rôle principal Jean-Luc Bilodeau, un acteur québécois qui a déjà à son actif une série diffusée sur les ondes US puisqu’il interprétait le rôle du petit frère dans Kyle XY. Jean-Luc nous faisait déjà rire à l’époque et il faut avouer qu’il fait preuve d’un certain talent pour la comédie lors de ce pilote. C’est aussi l’occasion de retrouver Chelsea Kane, sympathique petite actrice qui a surtout fait des seconds rôles dans des séries Disney et a apporté une touche de méchanceté dans la dernière saison de One Tree Hill. Alors certes, impossible de ne pas la comparer à Kaley Cuoco de The Big Bang Theory tant leurs rôles sont – en apparence – proche, mais la petite Chelsea s’en sort finalement pas si mal.
Non seulement contente d’avoir des acteurs investis et franchement à la hauteur, Baby Daddy raconte aussi une histoire plutôt touchante, celle d’un jeune homme qui découvre un beau matin qu’il est papa alors que la mère de sa petite fille lui abandonne le bébé sur le pas de sa porte. Ça pourrait être lourd et poussif, tirer la larme facile, ça la joue au final plutôt Jude Apatow, avec ses qualités et ses faiblesses. Ainsi, l’interminable scène où le héros tente de faire manger sa fille est assez inutile, mais la mise en place des différentes relations entre tous les personnages s’avère plutôt sensible et maligne. Au final, ce pilote s’avère franchement réussi et, si on le compare aux autres pilotes de sitcom lancées ces dernières années, fait partie du très haut du panier. Mais comme avec toutes les sitcoms, c’est sur la durée que Baby Daddy doit prouver son intérêt. En tous cas, moi, je lui souhaite bonne chance.
Ah là là, on s’est bien étripé chez les Borgias cette année ! Coucheries, manipulations, trahisons, meurtres, complots politiques et grosses batailles rangées font toujours le charme de cette série historique dans la droite lignée des Tudors (il s’agit d’ailleurs de quasiment la même équipe aux manettes, à l’exception notable du showrunner.) Si Jérémy Irons se montre toujours autant en demi teinte dans le rôle du pape Rodrigo Borgia, la petite Holliday Grainger s’affirme nettement en Lucrecia (nul doute qu’elle va faire tourner les têtes après la série), tout comme François Arnaud (Cesare), un petit québécois (un autre donc !) qui fait son bout de chemin. Mais la palme revient indubitablement à l’excellent Michel Muller, terrifiant et dégueulasse Charles VIII absolument génial. Au niveau du scénario et de la réalisation, la série reste dans la droite lignée des bases posées l’année dernière – ce n’est donc pas forcément exceptionnel mais le tout reste d’un bon niveau. Bref, les amoureux de programmes historiques pourront se régaler, ainsi que tous ceux qui apprécient les histoires de quête du pouvoir.
Final Score : 4/5
Honnête jusqu’au bout des ongles, The Borgias ne révolutionnera pas la télé mais offre un programme suffisamment de qualité pour enchanter tous ceux qui se laisseront embarquer par cette famille franchement particulière !
S’il y en a qui ont secoué l’Amérique dans le paysage audiovisuel ces derniers temps, c’est bien les filles de Girls, et notamment Lena Dunham, nouvelle it-girl du scénario qui vole ainsi la place de Diablo Cody. En France, les critiques sur la série sont pour l’instant plus mitigée. Pourquoi ? Il me semble que tout est une question de cible. Si, en France, on cherche à produire des programmes qui parlent au plus grand nombre, qui peuvent rassembler un maximum de personnes, les américains, eux, misent depuis longtemps sur une segmentation du public et cherchent à toucher en priorité une certaine cible. Girls en est, à mon avis, une figure exemplaire : si la plupart des filles de vingt à trente ans que je connais se sont senties immédiatement touchées par la série, les garçons restent plus dubitatif, tout comme les tranches d’âge supérieures qui ne semblent pas se reconnaître dans la série. Il faut dire que si les quatre héroïnes principales sont plutôt bien conçues et réfléchies, les personnages secondaires – en particulier les garçons – sont franchement taillés à la serpe et ont bien du mal à sortir des stéréotypes dans lesquels Lena Dunham semble les ranger (le gay, l’artiste incompris, le bouffon de service, le gentil garçon en crise bad guy.) Les scénarios eux-mêmes regorgent de trouvailles, de scènes franchement réussies, de dialogues percutants, mais le tout ne s’inscrit quasiment jamais dans une quelconque dramaturgie ce qui, certes, donne une impression de réalisme, mais laisse sur le bord de la route toutes celles et ceux qui ne se font pas uniquement embarquer par les personnages. Soyons clair malgré tout : Girls reste une très bonne série, magnifiée par une réalisation et une mise en scène quasiment toujours parfaite. Pour sa cible, elle sera immanquable, pour les autres elle nécessitera certainement plus d’effort pour aller jusqu’au bout.
Final Score : 5/5 pour la cible (les filles de 18 à 35 ans je pense !), 3.5/5 pour les autres.
Girls est, à mon sens, un pur produit de cible qui atteint totalement ses objectifs, toucher les jeunes femmes. Mais sa protagoniste principale plutôt insupportable et ses scénarios mou de la structure viendront sabrer le bonheur des autres. Tout est là, à mon sens : êtes-vous touché par le personnage de Lena Dunham ? Si oui, vous serez conquis, sinon il vous restera quand même une série magnifiquement réalisée et quelques scènes de comédie absolument jouissive.
La question n’est plus de savoir si le “remake” est aussi bon que l’originale danoise : cette version US de The Killing se pose comme étant – de loin – la meilleure série de cette année. Cette deuxième saison, qui creuse plus en avant dans les complexités politiques de la ville, garde toutes les qualités de la première, à savoir une réalisation irréprochable, des acteurs excellents, et surtout des personnages terriblement attachants et complexes qui font tout le sel de la série. Car si la découverte du meurtrier de Rosie Larsen reste la question centrale, c’est bien la trajectoire des différents protagonistes qui est véritablement hypnotique. Ainsi, même lorsque les scénaristes se permettent une sortie de route d’un épisode pendant lequel l’enquête n’avance absolument pas, on ne se sent pas du tout lésé car l’évolution des personnages, elle, est bien réelle. Plus une plongée dans l’âme humaine qu’une spectaculaire enquête policière, The Killing pose sans cesse la question non pas du meutrier mais bien de notre potentiel au mal, de la capacité de chacun à tomber dans les pires travers. Et s’offre, dans le tour de force final, une extatique réponse qui fait froid dans le dos.
Final Score : 5/5, voir un peu plus.
Absolument implacable, cette deuxième saison de The Killing fait de la série un évènement immanquable, avec une étude de personnages la plus riche vue depuis fort longtemps. Sachant toujours rester simple et accessible, le show prend le risque de ne pas chercher l’innovation ou la différence et s’appuie simplement sur des scénarios excellemment construits, une mise en scène et des comédiens formidables. Alors qu’on ne sait toujours pas si AMC va commander une troisième saison, on peut se tourner vers la version danoise dont la deuxième saison proposait une nouvelle enquête, alors que la troisième – elle aussi sur une autre affaire – va bientôt démarrer. Et si vous n’avez pas encore vu l’incroyable voyage de Murielle Enos et Joel Kinnaman, je vous laisse tranquille pour 26 épisodes qui risquent de vous marquer pour longtemps.
Allez, à la semaine prochaine, avec le retour très attendu de la série la plus AWKWARDDDD….
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