Les choses se calment enfin un peu sur les écrans US et on ne compte cette semaine, en terme de séries, que deux nouveautés, trois retours et deux départs. Et la question qui nous brûle les lèvres est qui, de Aaron Sorkin ou de Charlie Sheen a réussi le mieux son comeback ?

Mais d’abord, quelques news ! Alors qu’en France certains pleurent l’annonce de l’arrêt de Bref à la fin de la première saison (ce qui a donné lieu à ce commentaire twitter : Bref n’aura duré qu’un Bref moment…), aux Etats-Unis, les femmes de militaires reprennent du service avec la suite de la sixième saison d’Army Wives. Un programme dont on se serait facilement passé… quoi que, en cas de manque d’infos à faire partager, je pourrais toujours puiser dedans pour vous trouver quelques screenshot bien rigolos.

Et d’ailleurs, ouf, en parlant de comédie, on pourra noter le retour du très inégal Louie, dont les sortes de sketchs n’arrivent pas toujours à me faire décrocher un sourire, mais dont les passages “stand-up” s’avèrent nettement plus convaincants. Oui, je sais que je vais me faire conspuer par les connaisseurs en disant ça, mais que voulez-vous, je ne suis pas plus que ça attendri par les déboires d’un comique new-yorkais.

Sans doute parce qu’au fond moi, je reste un éternel ado : ceci expliquerait du moins ma fascination pour les séries de MTV dont la qualité, il me semble, ne fait que s’améliorer. Ainsi, j’ai un véritable coup de coeur pour la reprise de Awkward, comédie noire sur les affres de l’adolescence, menée de main de maître par Lauren Lungerish qui n’a pourtant pas fait grand chose d’autre. Un seul conseil, jetez un oeil à la première saison, absolument sublime !

Et ben voilà, à cause de vous, Eagleheart c’est fini. Comme indiqué ici, la série devait obtenir plus de “like” sur facebook que sa concurrente Franklin & Bash avant la fin de la saison 2 pour espérer revenir. C’est donc mort. Argh ! Trêve de plaisanterie, la série produite par Conan O’ Brien tire bien sa révérence pour cette deuxième saison mais on ignore encore si les grands délires cartoonesques seront de retour l’année prochaine. Vu le succès critique et public, on croise les doigts pour revoir le marshal Chris Monsanto arrêter des trafiquants en drogue (oui en, car ils sont fait en coke), des hippies qui font l’amour avec des arbres, ou encore un animateur d’émission pour enfants voleur d’organes. Que dire de plus, si ce n’est qu’Eagleheart, c’est toujours onze minutes de pur bonheur ?

Final Score : 4.5/5

Série comique magnifiquement décalée et totalement foutraque, Eagleheart s’impose comme le délire non-sensique ultime… avec NTFS:SD:SUV et Children’s Hospital !

Sitcom adaptée du film du même nom avec Jack Nicholson et Adam Sandler, Anger Management a cassé la baraque en devenant le meilleur démarrage pour une série comique sur la chaîne FX. Le problème ? Ce n’est pas drôle. Si je reste sensible au charme de Charlie Sheen et surtout à celui de Selma Blair (qui nous manquait depuis un petit moment), difficile d’être convaincu par ces deux premiers épisodes poussifs, réalisés avec les pieds et interprété avec autant d’ambition que lorsque Elie Semoun doit faire la voix d’une moule. Le ton hésite entre l’irrévérencieux caractéristique de FX – sans jamais tomber dedans – et un humour plus traditionnel sans doute hérité des origines du projet qui cherchait à se placer sur un grand network. Du coup, on ne va pas s’éterniser sur le problème, même si son souhaite un bon retour à Charlie Sheen qui a assurément réussi son comeback d’un point de vue de l’audimat, et on va passer au gros morceau de la semaine…

C’est donc la question qui a fait couler beaucoup d’encre aux Etats-Unis ces dernières semaines : Aaron Sorkin a-t-il encore ce qu’il faut pour réveiller la télé ? Après des premières reviews américaines peu convaincues à la fois par le pitch et par le traitement, The Newsroom démarrait fébrilement dimanche dernier, récupérant la case de Game of Thrones et s’attirant ainsi, forcément, les foudres des fans médiévaux les plus frénétiques.La raison du retard de ce post ? Il me fallait bien deux épisodes pour commencer à me faire un avis sur la question.

En effet, de prime abord, tout n’est pas merveilleux dans la nouvelle série de Sorkin : l’histoire avance plus par des dialogues que par des actions, les nombreuses répliques utilisent un jargon peu évident à comprendre (vous avez intérêt à vite faire la différence entre le E.P. et le senior producer), la réalisation à l’ancienne nous rejoue le coup des échanges verbeux dans les couloirs avec une sorte de caméra embarquée… Au deuxième épisode, il devient évident que la qualité de la mise en scène va énormément varier selon les réalisateurs (si le pilote était un ballet magnifiquement orchestré, la suite est déjà beaucoup moins maîtrisée), la musique gonflée est gonflante, et les histoires sentimentales, qui prennent le dessus, souffrent d’un sérieux manque d’originalité. Doit-on pour autant se priver d’une série sur les coulisses de la télévision, presque quinze ans après la magnifique Sports Night, déjà drivée par Sorkin ?

Le point fort de la série est curieusement lié à son point faible : oui, ça parle beaucoup, énormément, à la folie ; ça parle tellement en fait que chaque moment de silence devient un vrai plaisir, une respiration salvatrice. Et c’est justement là que Sorkin,  après avoir révolutionné le monde des dialogues sur The West Wing, trouve son “truc en plus” en redonnant le pouvoir au silence dans The Newsroom. Car chaque silence, chaque pause dans ces interminables joutes verbales, met en avant une émotion, une avancée du plot narratif, un regard sur le développement des personnages. Ces moments impactants font alors ressortir l’incroyable qualité de traitement de la psychologie des différents protagonistes, la crédibilité de l’univers qui nous est représenté (quoi qu’en pense certains journalistes boudeurs américains et clairement pris en cible par Sorkin…) et surtout l’efficacité des intrigues principales.

Que penser du concept, qui repose sur de vraies informations mais qui datent d’il y a deux ans (2010) ? De nombreux critiques américains ont trouvé que ceci tuait l’idée dans l’oeuf car, comme on connaît la suite des évènements et les erreurs qui ont été faites dans leur manière de les traiter, il n’y a aucune surprise à attendre. Mais c’est faire abstraction des personnages, plus que jamais moteur des intrigues, et du traitement, justement, de ces news : on peut très bien apprécier une histoire pour la manière dont elle est traitée, même si on la connaît déjà (Roméo et Juliette, ça vous dit quelque chose ? …) Du coup, si je dois bien reconnaître que le concept est casse-gueule, je trouve que pour l’instant les scénaristes s’en sont plutôt bien tirés.

Reste la question du parti pris politique. Car même si Sorkin s’en défend et assure qu’il cherche à montrer les ambivalences des politiques de tout bord avec le monde des informations, les républicains en prennent sérieusement plus sur la tronche que les démocrates. Pour deux critiques sur Obama (et encore, Sorkin trouve le moyen de placer un personnage qui va le défendre), on assiste à une descente en règle de Sarah Palin (même si elle le mérite !) et de “ces conservateurs qui sont les seuls à regarder les news et ne veulent pas voir d’autres point de vue que le leur”. Si je trouve effectivement énervant que le créateur défende l’égalité politique dans son show alors que ce n’est clairement pas le cas, je trouve tout aussi énervant ces nombreux critiques qui l’accusent de faire circuler ses idées gauchistes puisque personne n’est dupe des opinions politiques de notre cher Sorkin et ce depuis plus de quinze ans. S’en est-on un jour pris avec autant de verve contre David E. Kelley pourtant tout aussi progressiste (voir carrément plus dans son magnifique Boston Legal) ?

Au final, The Newsroom se perd dans des intrigues sentimentales peu originales (mais dont le traitement permet de ne pas s’ennuyer pour autant), une mise en scène dont le coup de main va être difficile à choper par les futurs réalisateurs et qui peut vite s’avérer catastrophique, ainsi qu’une bande originale absolument effrayante – la symphonie barbare à la Le Dernier des Mohicans passe mal dans une série résolument moderne sur la télévision ! De plus, le show est difficile à suivre : le rythme est beaucoup trop nerveux, les répliques fusent au point qu’il est quasiment impossible de lire des sous-titres s’ils n’ont pas été adaptés, et l’ensemble est très clairement élitiste – dans le sens où il n’y a absolument aucune volonté de se rendre facilement compréhensible. Mais bon, on est chez HBO, il serait tout de même drôle de commencer à entendre les défenseurs de la chaîne de se plaindre de ça (on se souvient encore avec frisson d’un Boardwalk Empire encensé par la critique et presque totalement incompréhensible !) Enfin, le show est extrêmement bavard – c’est la marque de fabrique de Sorkin qui peut en fatiguer plus d’un. Et pourtant, malgré tous ces “défauts”, j’ai rarement autant été excité par un pilote. Un peu moins par le deuxième épisode, il faut bien l’avouer, mais je suis tout de même convaincu que sur le long terme The Newsroom va s’avérer un des meilleurs show de l’année. Alors, s’il te plait Aaron, ne te plante pas. Et, du moins pour l’instant, oui tu as réussi ton comeback à la télévision.

Allez, à la semaine prochaine pour le retour de deux scénaristes anglais à Hollywood, d’une thérapeute sur le web, et pour découvrir comment CBS pense se débarrasser en douce de la catastrophe produite par Robert de Niro !

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