J’ai beau y avoir réfléchi tout le weekend, m’être levé ce matin à 07h30 (ce qui est plutôt inhabituel pour moi), m’être cogné toute ma liste de séries, je n’ai pas trouvé d’idée vraiment percutante pour faire un article sur un quelconque show… ou du moins je n’ai pas trouvé le courage d’écrire ceux que je devrai écrire ! La faute en revient à Geoff Johns, scénariste de comics de talent, et dans une moindre mesure de série (c’est lui qui a repris Smallville cette année !) En effet, cette semaine vient de paraître aux Etats-Unis le dernier numéro de son Superman : Secret Origin qui promettait vachement. Reste à voir si toutes ces fameuses promesses ont été tenues…

Le genre de petite idée de Geoff qui me fait toujours rire.

Il n’y a pas si longtemps, alors que je discutais avec Girlfriend de son pote qui déchire tout en comics, je lui ai expliqué qu’il y a plusieurs univers/boites d’édition et que si son pote était plutôt Marvel (Spiderman, X-Men, Iron Man, etc.) j’étais pour ma part plutôt DC (Batman, Wonder Woman, Flash, etc.) J’ai longtemps suivi Marvel et j’adore toujours beaucoup leur univers, c’est juste que je suis complètement à la ramasse : les derniers numéros que j’ai lu datent de 2005… Girlfriend a soudain eu une réaction que j’ai déjà vu mille fois mais qui ne cesse de me surprendre : “ah, mais moi je déteste Superman, c’est un gros connard condescendant !” Je ne sais pas d’où viens cette (mauvaise) réputation – je pense que c’est parce que, à l’image de Captain America chez le concurrence, il incarne un peu trop les couleurs de l’Amérique – mais moi j’accroche plutôt bien à cette histoire d’extra-terrestre expatrié sur Terre, seul survivant de sa race, et donc un être éternellement unique et seul. Bon, ok, depuis il y a eu tout plein d’autres kryptoniens (la race de Superman) qui ont débarqué sur notre belle planète, mais vous voyez ce que je veux dire.

Merde quoi, il pète la classe quand même !

Geoff Johns, lui, il aime DC, ça se sent et ça se voit vu qu’il écrit une bonne dizaine de comics pour eux CHAQUE MOIS ! De quoi rendre jaloux plus d’un scénariste de BD française… Geoff aime aussi beaucoup Superman, c’est pas pour rien qu’il est allé se casser les dents sur Smallville. L’univers DC étant ce qu’il est, c’est à dire un univers en perpétuelle refonte, avec des CRISIS majeures qui viennent changer les fondements et les origines de tous les personnages, il était plus que temps de mettre à jour la mythologie fondatrice de leur personnage pilier. Une chouette occasion pour Geoff de revoir à sa façon un grand classique du comics.Voici donc Superman : Secret Origin, une mini-série en six numéros, qui nous raconte dans une version moderne les premières aventures de Superman, de son arrivée sur Terre jusqu’à sa première vraie confrontation avec Lex Luthor adulte.

Une Lois plus moderne et dynamique que jamais, ça fait toujours plaisir.

Dans notre discussion, Girlfriend me disait qu’elle n’aimait pas Superman parce que, dans les films, il se la pète tout le temps, fait deux trois trucs, mais laisse complètement à l’abandon la pauvre Lois Lane, sa fameuse promise. Ok, mais c’était dans les films, dans les années 80 et la Lois de maintenant n’a vraiment plus rien à voir avec une gentille journaliste un peu sournoise. La Lois d’aujourd’hui va sur le terrain, fait du reportage de guerre en Kahndaq, se fait tirer dessus par un sniper, gifle son père et va même presque jusqu’à tuer sa sœur (qui tentait de faire la même chose!) Geoff a donc revu et corrigé la jeune Lois pour en faire une vraie femme active, qui pousse gueulantes sur gueulantes et ne se laisse mais alors vraiment pas faire ! Une mise à jour bienvenue qui crédibilise tout à fait le personnage de la série régulière.

Le début du complexe du sauveur...

L’autre grande réussite de la série c’est le personnage de Lex Luthor. Geoff lui réinvente une jeunesse franchement amusante, nous décrivant un ado imbu de lui-même, très intelligent, particulièrement cynique et surtout déjà capable du pire pour arriver à ses fins : il n’hésite pas à se débarrasser de son père pour quitter Smallville et débarquer à Métropolis ! Quand il s’attaque au personnage adulte, Geoff Johns reprend les grandes lignes tirées par Azzarello dans l’extraordinaire mini-série Lex Luthor : Man of Steel. C’est-à-dire un Luthor atteint d’un énorme complexe du sauveur, qui veut être le nouveau messie des hommes, celui qui saura les guider vers un monde en paix dont il serait le patriarche. Geoff pousse même le bouchon un poil plus loin en présentant un Luthor qui accomplit chaque jour le rêve d’un homme parmi la masse venue le voir dans son jardin chaque matin (voir illustration ci-dessus.)

L'homme VS le mythe, mais qui est qui?

Entre Luthor et Superman, on s’en doute, ça ne va pas bien se passer. Ne serait-ce que parce que le premier est trop arrogant pour reconnaître un être plus puissant que lui, et parce que le second, en refusant de communiquer sur qui il est vraiment, se créée une image de mythe inaccessible forcément dérangeante (pour qui se prend-il, cet homme qui vole et nous regarde avec ce qui semble être de la condescendance?) Geoff arrive parfaitement a restituer cette problématique qui est la base de quelques unes des meilleures histoires de Superman ces dernières années.

Geoff, tu es un putain de fanboy qui ne peut pas s'empêcher de citer ses comics préférés.

Malheureusement, malgré toutes ces qualités, et même quand Geoff s’amuse à nous ramener la Legion des Super Héros, sans doute son autre comics préféré chez DC, le tout reste vraiment trop gentillet et propret pour pleinement convaincre. Pas gentillet et propret dans son propos mais dans les libertés que l’auteur aurait du prendre avec son sujet. Car au final on reste dans le schéma archi-classique et suranné vu et revu dans toutes les adaptions des aventures de l’homme au S sur la poitrine, que ce soit au cinéma ou dans les séries télévisées. Aucune révélation fracassante, aucun petit détour qui nous montrerait une partie – vraiment – inconnue du passé du héros, en fait aucune vraie originalité sur quelque point que ce soit. C’est sans doute une volonté de la part de DC, cette Secret Origin étant vraiment un point de départ idéal pour qui ne connaîtrait pas du tout Superman, mais cela laisse un peu sur sa faim le gros lecteur de comics que je suis.

LA question.

Et pourtant, je ne saurai que trop vous conseiller de jeter un œil sur cette mini-série, d’abord pour son final plutôt réussi (belle scène entre Lois et Superman) mais aussi et surtout pour le dessin et la mise en page de Gary Frank qui a sans doute atteint la pleine mesure de ses moyens. Les personnages sont expressifs comme jamais, la mise en scène ultra-dynamique, le cadrage toujours judicieux : c’est bien simple, il n’y a pas une case qui semble avoir été faite à la va-vite pour boucler à temps. Et puis flute, depuis que j’ai terminé le dernier numéro je n’ai qu’une envie : m’acheter ça (la troisième paire en partant de la gauche)!