Le jeudi chez ABC on se frotte les mains. En effet, c’est la soirée de Grey’s Anatomy et de Private Practice, les deux séries médicales sorties de l’esprit de Shonda Rhimes, qui forment un duo cohérent et efficace malgré des audiences un peu en berne cette année. L’occasion pour nous de revenir sur les sixième et troisième saisons respectivement, avant leur retour le jeudi 23 septembre.
Ceux qui me connaissent le savent, pendant les cinq premières saison de Grey’s Anatomy je n’ai jamais vraiment considéré la série comme un drama medical mais bien plus comme une série pour ado tant la thématique du passage de l’enfance à l’âge adulte y était importante. Sortis de leur internat, en phase de devenir de vrais chirurgiens, pour la plupart dans des relations sérieuses (sous-entendu qui ne durent pas deux épisodes avant de s’écrouler), les personnages avaient semble-t-il un peu tous achevé leurs transformations et on pouvait vraiment craindre ce qui allait se passer en ce début de saison 6.
Shonda Rhimes a trouvé la bonne idée pour relancer sa série : la faire passer de la série ado à la série pseudo sociale. La crise économique frappe de plein fouet les Etats Unis et elle n’épargne pas le Seattle Grace Hospital qui se voit contraint et forcé, pour tenir financièrement, de fusionner avec un autre hôpital. On s’imagine bien que le directeur ne peut pas garder tout le monde et toute une première partie de la saison s’intéresse à l’impact de ce problème sur les différents protagonistes : les nouveaux se donnent à fond pour gagner leur place, les anciens essaient de gratter auprès de leurs supérieurs, et certains hésitent à se sacrifier pour aider les autres. Vraie réflexion plutôt réussie autour de la crise économique globale, en ce sens qu’elle a détruit l’avenir tout tracé que certains pensaient avoir (que ce soit ceux qui ont tout investi dans les fonds Madoff ou ceux qui se retrouvent sans emploi du jour au lendemain), cette première partie nous entraine loin des sentiers battus de la série et offre même un beau départ à Izzie Stevens (Katherine Heigl).
Mais chassez le naturel, il revient au galop et Grey’s revient vite à ses premières amours, c’est-à-dire les intrigues sentimentales et les situations explosives au pathos sur-dimensionné. Peu importe : Shonda Rhimes et ses scénaristes ont bien compris qu’ils devaient se prendre un peu moins au sérieux et que pour toute tentative de faire pleurer la ménagère devant son écran de télévision, il faut au moins la faire rire par trois fois. Car c’est bien ce qui fait l’une des forces de cette saison, l’humour envers et contre tout, l’humour même dans les situations les plus graves, l’humour pour encore mieux surprendre, choquer, bouleverser. A part ça, la recette reste la même. Des émotions fortes qui laissent de côté le raisonnement, dans le seul but de faire ressentir quelque chose au spectateur. Shonda connaît son boulot et assure son show jusqu’à la dernière minute…
ABC enchaine donc chaque épisode de Grey’s Anatomy avec son spin-off, Private Practice. Centré autour du personnage d’Addison Montgomery (l’ex femme de Mc Dreamy), la série s’intéresse à un cabinet médical privé spécialisé (du moins au départ) dans les problèmes de fertilité. Le “pilote”, en réalité un épisode un peu spécial de Grey’s Anatomy, avait eu bien du mal à me convaincre notamment à cause du choix du cadre, Los Angeles, bien loin de la grisaille de Seattle qui colle parfaitement à l’ambiance de Grey’s. Pourtant, dés la première saison mes doutes ont tout simplement disparu. Shonda Rhimes ne cherchait pas à refaire Grey’s un peu plus loin, mais a bel et bien créé un vrai nouveau show, à l’ambiance et aux ambitions totalement différentes.
La première différence est tout de suite visible : le cast est composé entièrement d’adultes entre trente et quarante ans, le seul “jeune” ayant déjà dans les vingt-cinq ans et étant père d’une petite fille. Les problématiques des personnages sont donc radicalement différentes de celles de Meredith et des autres médecins de Seattle. Cette troisième saison va plutôt loin dans l’étude des relations parents-enfants : il y a une mère qui abandonne son bébé, le père qui le récupère et va l’élever avec une autre femme, un autre père qui s’inquiète de perdre la garde de sa fille au profit de son ex-copine qui fut accroc à l’héroïne, ou encore un couple qui se déchire quand ils apprennent que leur adolescente de fille vient de tomber enceinte. Toutes ces thématiques sont construites, analysées, décortiquées, sur plusieurs épisodes et aucune n’est traitée à la légère. Il en résulte un sentiment totalement inverse de Grey’s. Ici on ne fait point dans le pathos et le sentimentalisme à outrance mais on cherche à explorer et à comprendre la totalité d’un problème donné. Et du coup, un léger souci fait son apparition : on s’attache un peu moins aux différents personnages.

Allez savoir pourquoi Derek l'a quitté pour Meredith. Y a des trucs qui s'expliquent pas, même en scénario.
Si le final de cette troisième saison de Private Practice ne peut qu’être décevant (les personnages avouent eux-mêmes se retrouver dans la même situation que l’année dernière!), c’est peut-être pour laisser la place au double season finale de Grey’s Anatomy qui met les petits pots dans les grands pour nous scotcher à notre fauteuil. Imaginez donc : un homme débarque dans l’hôpital et se met à dézinguer à tour de bras, en commençant par quelques nouveaux personnages qu’on avait pourtant appris à aimer ! De plus, son but est d’aller tuer Derek (Mc Dreamy), la sœur de Meredith et l’ancien directeur de l’hôpital. Autant vous dire que question sang, sensation forte et OVER-PATHOS on en prend plein la figure. Et comme les deux séries sont extrêmement liées, Shonda Rhimes réussi ce qu’ABC lui a sûrement demandé : faire en sorte qu’on ait envie de revenir l’année prochaine, tous les jeudi soirs.
Et l’année prochaine, c’est dans dix jours !
« Quelles nouvelles séries (n’)allez vous (pas) regarder cette année? (partie 1) I want to be a part of Manhattan elite and have a scandalous life. »





