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Au royaume de la série américaine, il y a des pans entiers de programmes oubliés. Passés tel des étoiles filantes, ils ne nous poussent qu’à faire le voeu qu’ils ne reviendront pas. Bon, non, ok, on force le trait car dans les huit séries qu’on a testé pour vous, il y a quand même quelques perles.

La bonne nouvelle, parce que y a quand même eu des bonnes nouvelles, c’est que Netflix nous a tout balancé la saison 2 de House of Cards (enfin, pas pour nous les français, mais bon) et que 2% des utilisateurs du service de vidéo à la demande aurait déjà fini de regarder les treize épisodes. On revient dessus très bientôt, mais nous on est plutôt convaincu. A noter aussi le retour de l’excellente Line of Duty, série anglaise qui avait fait un véritable carton l’année dernière, et qui nous a offert un premier épisode franchement jouissif. Une sorte de The Killing version police des polices foutrement bien écrite et au sens du rythme parfaitement maîtrisé…

HOSTAGESHOSTAGES (saison 1 – série terminée)

Série au passé bizarre, adaptation d’un programme israélien qui ne sera diffusé qu’après la version américaine, Hostages raconte la douloureuse mésaventure d’une famille prise en otage par des mecs très bizarres qui veulent que la maman tue le président des Etats-Unis. La maman en question, une Toni Collette mortifère à qui on aimerait bien pouvoir donner à manger, est en effet la chirurgienne qui doit s’occuper de l’homme le plus important du monde libre (ah ah ah.) Et croyez le zou non, mais il y a un twist car le chef des preneurs d’otage, le séduisant mais définitivement perdu Dylan McDermott, est en réalité un agent du FBI. Ah ouais, ça vous la coupe.

Feuilleton sans grand intérêt aux rebondissements patauds et excessifs, Hostages se veut une réflexion cinglante sur la cellule familiale, dans laquelle on devrait se sentir en sécurité mais qui est boursouflée de secrets. Le discours est asséné au kilo (papa trompe maman, la grande soeur est enceinte, le fiston vend de la drogue) et manque clairement de finesse pour toucher le spectateur. Bon, ok, on n’aurait pas du en attendre plus d’une production Bruckheimer pour CBS, mais reconnaissons lui au moins le mérite d’avoir pour un temps abandonné le formula à la papa (les CSI et cie) pour tenter le feuilletonnant. Vu la claque qu’il s’est ramassé en terme d’audimat, je doute quand même qu’il remette ça l’année prochaine.

Final Score : 5/10

Spoils of BabylonSPOILS OF BABYLON (saison 1 – série terminée)

C’est peu dire qu’on attendait beaucoup de The Spoils of Babylon depuis la découverte de son incroyable trailer (voir plus bas.) Forte d’un casting phénoménal et d’une pléthore d’auteurs géniaux, cette vraie fausse saga imaginée en tant qu’hommage à cinquante ans de cinéma américain devait casser la baraque. La vérité, c’est que la quasi intégralité des blagues sont contenues dans cette bande annonce et que le show, au final plutôt prétentieux, se perd dans des circonvolutions purement esthétiques qui ne feront sourire que les plus calés d’entre nous en septième art. Ca aurait pu être un délirant joujou inventé par une bande d’étudiants en histoire du cinéma, c’est au final une blague d’initiés, une immense private joke, mais certainement pas la comédie géniale et intelligente qu’on attendait.

Final Score : 5/10

DraculaDRACULA (saison 1 – en hiatus)

On aurait bien aimé vous dire que Dracula c’est absolument génial. Déjà parce que c’est l’occasion de retrouver Jonathan Rhys Meyer, et qu’il s’éclate dans le rôle du conte aux dents acérés. Mais aussi parce que le showrunner n’est nul autre que Daniel Knauf, le créateur de la regrettée Carnivale. Sauf que le résultat est loin, très loin, d’être à la hauteur. Passons sur la réalisation poussiéreuse et les effets spéciaux ultra cheap, passons sur l’interprétation scandaleusement outrancière de Jonathan et sur les seconds rôles pas franchement à l’aise, le problème reste que les auteurs ont plus voulu reprendre Le Conte de Monte-Cristo que de s’attaquer à la légende du prince des vampires. Ce micmac donne au final une intrigue de vengeance ultra complexe et mal fichue, mélangée à un univers fantastique mal dégrossi, mal présenté et régulièrement incohérent. Il y a quelques idées absolument géniales (comme la lutte pour le contrôle de l’énergie et de l’électricité dans l’Angleterre du XIXème) et il faut bien avouer que la démesure du projet a quelque chose de fascinant, mais le tout laisse le spectateur sur le carreau. Un peu comme un vampire nous aurait hypnotisé pour nous forcer à regarder ce machin mais qu’au final on n’y comprenait strictement rien. Dommage.

Final Score : 6/10

RavenswoodRAVENSWOOD (saison 1 – série annulée)

C’était le plaisir coupable de la saison, mais elle a malheureusement déjà été annulée : Ravenswood, spin-off de la déjà très excessive Pretty Little Liars, est une série fantastique foutrement incompréhensible sur cinq gamins voués à mourir à cause d’une malédiction posée sur un village pour ne pas avoir à perdre ses habitants dans la guerre (enfin je crois.) Sauf que dès le début, y en a une qui meurt et revient en fantôme, et qu’elle est la réincarnation de la première gamine à avoir été sacrifiée – et son amoureux de l’époque était Caleb, le personnage transfuge de PLL, et qui a l’air de ne jamais comprendre dans quoi il a foutu les pieds. Catastrophe scénaristique assumée jusqu’au bout, Ravenswood peut se targuer de nous avoir servi le casting le plus inadéquat vu à ce jour et vraisemblablement le plus démuni de talent. C’est une spirale infernale fascinante… mais pas trop quand même, vu qu’on s’en lasse vite.

Final Score : 0/10 pour tout le monde, 6/10 sur les fans de PLL qui veulent voir comment les auteurs ont charcuté ce pauvre Caleb.

Sleepy-Hollow-Season-1-Poster-4SLEEPY HOLLOW (saison 1 – série renouvelée)

Chérie, ils ont refait X-Files, mais avec les cavaliers de l’apocalypse, des démons venus de l’enfer, et un ancien soldat de la guerre d’indépendance qui se réveille à notre époque. Ah oui, et le cavalier sans tête, parce qu’il fallait bien justifier le titre de cette série fantastique made in Fox, conçue pour remplacer Fringe par des auteurs de Fringe (mais sans JJ, trop occupé à aller fricoter avec le monde du cinéma.) Si les scénarios sont quelque peu attendus et les comédiens pas inoubliables, si la réalisation fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a et que l’ambiance gagnerait à être plus prégnante (mais elle s’améliore au fil de la saison), il faut bien reconnaître que le résultat est ni plus ni moins que ce que l’on attendait. On pardonne donc aisément les grosses ficelles (oh tient, il y a un réseau de tunnel qui parcourt la ville et dans lequel on va pouvoir trouver la solution aux trois quarts des mystères rencontrés…) et on prend avec le sourire les nombreux clins d’œils à d’autres séries ou films du genre.  Kurtzman et Orci, les showrunners, ont de plus une vraie science du dialogue et de l’utilisation d’un duo de héros, ce qui rend l’affaire bigrement dynamique et sympathique. Bref, on est loin de la série de l’année, mais voilà un show suffisamment fun pour occuper vos vendredi soirs de perdition.

Final Score : 7/10

 betrayalBETRAYAL (saison 1 – série annulée)

C’est ma série mal aimée de l’année. Soap chargé de la lourde tache d’accompagner Revenge, Betrayal nous plonge dans les affres de la trahison, de la tromperie et du mensonge. Une jeune photographe, mère de famille heureuse et mariée à un procureur de génie, tombe amoureuse d’un avocat aux contacts douteux, marié et père de famille heureux. Ils se repoussent, ne veulent pas céder à la tentation mais finissent par le faire (bah oui parce que sinon y a pas de série.) Et là, badaboum, y a un meurtre et tout se complique : le procureur et l’avocat chargé de l’affaire, ben c’est les deux mecs… Plombée par une intrigue policière foutraque et mal maîtrisée, Betrayal touche par contre plutôt juste quand elle s’intéresse à la déliquescence d’un couple, à l’attraction fatale entre deux êtres, aux promesses impossibles à tenir. Mal foutue dans son ensemble, le show est capable de quelques trouvailles et de scènes vraiment touchantes (il y a d’ailleurs toute une métaphore visuelle sur les trains et les gares assez géniale.) Une fois arrivé au bout, difficile de bouder son plaisir et de se moquer d’une série qui ne manque pourtant pas de points faibles. La vérité, c’est que Betrayal a suffisamment de moments de grâce pour rester dans votre cœur. Mais jamais, au grand jamais, vous n’en parlerez à vos amis. Et encore moins sur un blog…

Final Score : 7/10

american horror story covenAMERICAN HORROR STORY : COVEN (saison 3 – série renouvelée.) 

On ne va pas faire durer le suspense : oui, cette troisième itération de American Horror Story est bien la meilleure. On craignait le pire avec cette histoire de sorcières adolescentes dont la présentation est quelque peu archétypale ; mais en réalité le show offre les personnages féminins les plus intrigants, fouillés, et crédibles qu’on ait vu depuis fort longtemps. Servi de main de maître par des réalisateurs qui s’éclatent avec ce joujou où tout est permis (et même sérieusement recommandé), le casting atteint des sommets avec notamment une Jessica Lange qui mériterait amplement de recevoir tous les prix de la terre. Et si le scénario se perd une nouvelle fois dans des détours qui ne seront jamais expliqués, peu importe : c’est la marque de fabrique de la série. Le dernier épisode recadre la thématique de la saison et démontre que la trame générale a été pensée avec tout un discours en tête. Alors si vous n’avez pas peur de voir des jeunes filles s’enterrer, se démembrer, se recoudre, se faire manger des trucs dégueulasse et surtout, surtout, lutter pour le pouvoir, jetez vous sur Coven et sa bande son impossible à oublier.

Final Score : 8/10

eagleheart - paradise risingEAGLEHEART (saison 3 – série en hiatus mais probablement terminée)

Le problème avec Eagleheart, c’est qu’on se demande toujours à qui le recommander. Parodie explosive de Walker Texas Ranger, ce show absurde et décalé ne fait pas dans la dentelle. Avec cette troisième saison conçue comme une saga de conclusion (et surnommée Paradise Rising), la série atteint des sommets de comédie absolument jouissifs… mais qui ne feront certainement pas rire tout le monde. Pour ma part, c’est l’un de mes shows préférés, et comme une bonne vidéo vaut mieux qu’un long discours, je vous laisse avec le trailer.

Final Score : 9/10

 

Et à la demande générale d’une personne qui se reconnaîtra, on vous informe que le 24 février c’est le retour de notre soap préféré, le merveilleux Dallas, pour sa troisième saison version XXIème siècle. On vous laisse avec le trailer et on se donne rendez-vous dans quelques jours…

Onzième bilan sur un genre bien particulier : les legal show. Avec juste une petite exception à la fin.

Et, au cas ou, rappelle de l’explication sur les notes (pour les exemples, j’ai volontairement choisi des séries qui ne sont plus diffusées) :

0/5 : une note d’exception – mais si – pour les shows à prendre au second voir au treizième degrés, les petits plaisirs pervers que j’affectionne particulièrement. Je sais que c’est mauvais, mais pour rien au monde je n’en manquerait un épisode.

1/5 : Hater gonna hate. Je déteste, je chie dessus, ça me fait chier, je vois pas pourquoi on passerait du temps à regarder ça. Typiquement l’inbitable et désespérément soporifique Big Love.

2/5 : de la bouse, quelque chose de loupé, de pas intéressant pour deux sous. Heroes, dans ses dernières saisons.

3/5 : de la série facile à regarder, qui ne va rien transcender, mais qui peut quand même bien vous occuper.

4/5 : un très bon show mais qui pèche forcément sur un ou plusieurs points. Attention, étant scénariste, j’ai toujours tendance à favoriser un bon scénario à une bonne réalisation ou un casting réussi. The 4400 (saisons 3 et 4), Alias, Friends…

5/5 : à voir absolument, série de grande qualité, sans aucune ironie de ma part. Lost (ben oui, quand même), Friday Night Lights, Sleeper Cell…

6/5 : une note d’exception – mais si – pour les shows qui ont transcendés l’histoire. Ne cherchez pas, je ne donnerai jamais cette note à une série encore en cours de diffusion. Elle ne s’applique qu’aux vrais immanquables, à ceux qui ont fait l’histoire de la série. Pour certains ce sera The Sopranos, pour d’autres The Wire, et pour les vrais Battlestar Galactica.

Pour ce nouveau legal show sur un procureur qui vire avocat de la défense, NBC misait beaucoup sur la figure charismatique de Jimmy Smits, acteur ayant déjà fait ses preuves dans L.A. Law, NYPD Blue, ou encore dans The West Wing. Et curieusement, l’affaire n’a pas vraiment marché…

Il faut dire que mis à part ses acteurs plutôt sympathique, le show ne fait pas grand chose pour se démarquer. Le fait que le héros, Cyrus Garza, ait été procureur ne sert pour ainsi dire qu’à faire en sorte que tous les protagonistes des différents épisodes le connaissent pour l’avoir vu à la télé. Il y a bien aussi une petite tentative de fil rouge, avec des politicards qui ont bien envie d’envoyer Garza se faire pendre, mais le tout est tellement suggéré, effacé presque, qu’on ne peut prétendre à une vraie innovation sur ce point.

Du coup, que reste-t-il de Outlaw après les huit épisodes diffusés ? Des scénarios sympathiques, un rythme agréable et quelques répliques cinglantes amusantes. On se souviendra aussi d’une tentative de copie de Kalinda de The Good Wife malheureusement assez catastrophique. A part ça, rien du tout. On ne s’étonnera pas d’avoir totalement oublié la série d’ici l’année prochaine.

Final Score : 3/5, série annulée au bout de huit épisodes.
Outlaw n’est pas une mauvaise série, mais elle n’a rien pour se démarquer des autres legal show. Du coup, on peut tout à fait se permettre de passer à côté…

A l’opposé de Outlaw, sur ABC, chaîne des concepts bien alambiqués, on promettait une petite révolution dans le monde bien saucissonné des legal show avec The Whole Truth. Révolution tuée dans l’oeuf avec des ratings plus que désastreux.

L’idée était intéressante, son application désastreuse et fort compliquée à mettre à en place : une affaire, vue simultanément des deux côtés de la balance, c’est-à-dire du point de vue du procureur et de celui de l’avocat de la défense. Résolution du procès en fin d’épisode et seulement en conclusion une petite vidéo nous révélant toute la vérité sur ce qui s’est vraiment passé. A partir de là, les emmerdes commencent.

Car comment faire en sorte que le public s’attache aux personnages ? Il faut donc cibler UN procureur et UN avocat de la défense. Du coup, les voilà qui se retrouvent toujours opposés dans leurs affaires, ce qui fait un poil artificiel… Comme nous sommes sur ABC à une heure de grande écoute, difficile aussi de terroriser la ménagère en lui montrant des coupables qui s’en sortent ou des innocents qui sont condamnés – du coup, la petite vidéo de fin promettant la vérité ne vient jamais apporter une quelconque nouvelle information ou agir en coup de théâtre. Et puis il y a la trame même des histoires, la structure des épisodes, qui doivent réserver autant de temps aux deux partis. Du coup, que je te mets huit minutes sur la procureur, pub, huit minutes sur l’avocat de la défense, pub, et répéter jusqu’à résolution du conflit. Là aussi, vraiment trop artificiel.

Fausse bonne idée de concept, mais qui aurait pu être sauvée par d’excellents acteurs, ou une réalisation qui nous en envoie plein la figure… pas de bol, les acteurs sont aussi charismatiques que des rayonnages de pots de peinture chez Mr Bricolage, et la réalisation est aussi originale et inventive qu’un nouveau livre de Guillaume Musso.

Final Score : 2/5, série annulée au bout de quatre épisodes.
Plombée par un concept amusant mais impossible à mettre en place (en tout cas à une heure de grande écoute sur un chaîne telle qu’ABC), The Whole Truth termine de se suicider en proposant des acteurs pachydermiques et une réalisation sous éther. Patatra, j’ai envie de dire.

Troisième legal show, et troisième annulation. The Defenders, sur CBS, aura tout de même eu le mérite de durer toute une saison. Son plan pour se démarquer : faire se dérouler l’action à Las Vegas et utiliser tout ce peut apporter une telle ville (casinos, mafia, etc.) Et surtout, s’appuyer sur un duo très apprécié des spectateurs, Jim Belushi et Jerry O’Connel (roh, mais si, le petite génie de Sliders.)

On peut tout de suite reconnaître une grande qualité aux Defenders, c’est que la série est assez remarquablement belle, et on sent une production value prête à tout pour faire sortir Las Vegas sous son meilleur jour. Du côté des scénarios, les auteurs ont pris le parti de glisser beaucoup d’humour dans leur série ce qui vient apporter une certaine fraîcheur assez agréable. Du reste, les enquêtes et les procès sont plutôt intéressants, même s’ils ne viennent pas nous terrasser par leur originalité.

Alors pourquoi diable la série s’arrête-t-elle ? Et bien tout simplement car elle ne propose rien qui pousse le spectateur à revenir à chaque épisode. Pas de fil rouge, pas d’évolution des personnages (ou si peu), et un tel flou sur le passé de ceux-ci qu’on n’arrive pas à s’y intéresser (Jim Belushi passe son temps à regarder sa bague de mariage mais très franchement son divorce ne passionne guère). Du coup, The Defenders devient une série dont on apprécie de tomber dessus mais pour laquelle on ne va certainement pas courir après le travail pour ne pas manquer le début.

Final Score : 3/5, série annulée à la fin de sa première saison.
Jolie, drôle et plutôt bien jouée, The Defenders est une série agréable à regarder… si on tombe dessus par hasard. A part ça, y a pas de quoi se fouetter la joue gauche. Ou la droite.

Comme (presque) tous les ans, David E. Kelley, le créateur de The Practice, Ally McBeal, ou encore Boston Legal, est de retour sur sa terre promise : le legal show. Avec Harry’s Law, il mise non pas sur un concept révolutionnaire (ce n’est de toute façon pas son genre) mais sur un casting hors pair. Et avec Kathy Bates en tête d’affiche, autant dire qu’il est sur la bonne voie…

Chez E. Kelley, on fait toujours un petit peu dans la surenchère au départ, histoire de mettre de la comédie et alléger un propos finalement assez souvent grave. Du coup, la série tourne autour de Harriet Korn, une avocate à succès qui vient de se faire virer, manque de mourir plusieurs fois, se sent étonnamment vidée et un peu dépressive et qui va, par la force des choses, se retrouver à la tête d’un petit cabinet d’avocats dans un quartier un peu craignos… mais surtout dans une boutique qui vend des chaussures.

Sur cette base qui lui ressemble, notre bon vieux David nous ressort toutes ses vieilles recettes avec, forcément, son lot de personnages aux caractères bien trempés et aux névroses aussi drôles que dangereuses. Mais cette fois, il quitte son univers classique de la haute société pour s’intéresser aux “petites gens”, c’est-à-dire à un quartier profondément dangereux, mal famé et tout le toutim. Bien sûr, on sent que le bonhomme n’est pas totalement à son aise et il se permet quelques poncifs un peu trop soulignés pour être honnêtes. Malgré tout, l’ensemble prend et on se plait à découvrir les aventures de ce cabinet, une fois de plus pas comme les autres !

Final Score : 4/5, série renouvelée pour une deuxième saison.
Harry’s Law va s’attirer la sympathie de tous ceux qui aiment déjà les séries de David E. Kelley : elle apporte vraiment quelque chose par rapport à ses anciennes créations, mais on y retrouve toujours sa patte que ce soit dans les histoires, dans l’humour des personnages ou même dans la réalisation.

Pour ne pas copier ses copines, Fairly Legal a la brillante idée de mettre en scène non pas une jeune et talentueuse avocate mais une spécialiste dans les litiges, qui s’occupe de faire la médiation entre deux partis afin d’éviter d’aller au procès. Alors, coup de génie ou fausse bonne idée qui mène au désastre ?

Le petit network USA mise toujours sur les personnages, c’en est même devenu leur tagline : character welcome. Kate Reed, l’héroïne de la série, est donc une femme forte, une femme d’action, une femme qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Mais c’est aussi une femme fragile, qui n’arrive pas à pleinement se séparer de son mari dont elle a pourtant divorcé, et qui aimerait comprendre quel lourd secret cache son père, fraîchement décédé. Rien de superbement original, mais on sent que les auteurs aiment leur personnage, et qu’il s’éclate avec elle. Interprétée avec brio par Sarah Shahi, impossible de ne pas aimer Kate Reed, qui pourrait bien devenir le nouveau archétype féminin de l’héroïne de série.

Mais là où Fairly Legal tape doublement juste, c’est que les histoires qui sont proposées arrivent à nettement sortir du contexte classique des séries qui se déroulent dans un tribunal. Pas de procès, ça veut dire pas de jury, pas preuve, pas d’interrogatoire – et pourtant, Kate a toujours un objectif concret : trouver ce que veulent les différentes parties, qui parfois l’ignore elle-même. Roublards et bourrés d’idées originales, les scénarios sont de plus tenus par un rythme trépidant qui vous scotche sur votre fauteuil.

Et puis il ne faut pas oublier le double feuilletonnant – la partie sentimentale et la quête du secret du père – assez bien foutu pour qu’on ait vraiment envie de revenir semaine après semaine. Au final, Fairly Legal surprend tout le monde et se fait une place de marque dans un univers un peu trop galvaudé. Il ne lui manque plus que ce petit truc indescriptible qui la sépare encore des séries immanquables.

Final Score : 4/5, série renouvelée pour une deuxième saison.
Fairly Legal est assurément LA bonne surprise de l’année. Un concept novateur, qui surtout amène des types d’histoires comme on n’en avait pas vu avant, une actrice rafraîchissante et un personnage hors du commun : la série a tout pour vous faire renouer avec les legal shows.

On sort quelque peu du cadre du legal show pour parler de Chase, dernière production en date de Jerry Bruckheimer qui, ce jour là, aurait mieux fait de rester coucher avec une bonne rediff de ses CSI.

Chase est une catastrophe sur tous les points. Le concept, d’abord, s’intéresse à une marshal qui traque les fugitifs dangereux dans le sud du Texas. Les histoires se répètent à l’envie, le schéma narratif est tellement ENORME qu’on a l’impression qu’on nous le glisse directement sous le nez, et les ficelles utilisées pour faire rebondir l’action ont été plus souvent vues que la vidéo sexy de Paris Hilton. C’est dire si on nage dans un océan d’artificialité, face à un désert d’originalité.

Les personnages ne sont pas mieux servis. La bande à Annie Frost est aussi insipide et creuse que les acteurs qui l’interprètent. C’est bien simple, on n’arrive jamais à voir ce qui pourrait les distinguer les uns des autres, ni à avoir un quelconque sentiment pour eux. Quant à Annie, on dirait une mauvaise blague digne des pires scénarios de Tyler Perry.

La réalisation et la production value se permettent de plus de n’être pas folichonnes : un comble quand on regarde une série estampillé Bruckheimer, marque de fabrique qui assure au moins d’en prendre plein les mirettes. Ici, mis à part un petit nuage de poussière de temps en temps, rien ne viendra perturber la morne ambiance qui règne sur votre écran.

Final Score : 1/5, série annulée au cours de sa première saison.
Burckheimer devait sans doute croire qu’en récupérant Jennifer Johnson, scénariste émérite sur Lost (qui lui a valu un prix), Reunion ou encore Cold Case, il allait apposer son nom à une nouvelle petite merveille. Mais passée à la moulinette de la grosse machine du pape du cop-show, Jennifer nous pond un truc innommable, chiant comme c’est pas permis, moche et mal joué. Ça fait beaucoup.

Je me demande bien ce qui a pu passer par la tête du président de CBS quand il s’est dit : tiens, si on faisait une nouvelle série médicale? Il n’a pas vu qu’il y avait déjà pléthore de concurrents? Entre Trauma, Mercy et Three Rivers, juste pour citer les séries qui ont démarré cette année, il y a déjà bien à faire. Ajoutons à cela Nurse Jackie et autres Hawthorne, sans oublier Grey’s Anatomy ou son spin-off Private Practice et on comprendra aisément que le marché de la série médicale est un minimum saturé…

Tu l'as vu mon bel édifice, coco? Avec ça, c'est sûr, on va faire mouiller la ménagère.

Le truc, c’est que chez CBS, on a de la suite dans les idées. Et ils ont un petit gars, chez eux, qui s’appelle Bruckheimer et qui les a toujours sorti de la panade. Par exemple, quand le marché de la série policière était saturé, il a eut l’idée (ou il a trouvé le mec qui a eut l’idée) de faire un truc sur la police scientifique et il a créé CSI. Le genre de petit bonhomme qu’on appelle quand la saison s’avère ardue et qu’on aimerait bien faire péter l’audimat… J’imagine déjà la discussion entre Jerry (Bruckheimer), Jeffrey Lieber (le créateur officiel de Miami Medical, Jerry n’étant “que” producteur) et le mec de chez CBS chargé de leur commander la série (qu’on va appeler Eric parce que ça m’amuse) :

Tu la vois mon explosion dans les trois premières minutes de la série, coco? Avec ça, on va faire mouiller les fans de 24 !

ERIC : Jerry, Jeffrey, je vous ai fait venir aujourd’hui parce qu’on a besoin de vous pour trouver une nouvelle idée de série.

JERRY : Alors, c’est un groupe de flics mais genre dans une brigade spéciale, tu vois, et y a un chef, et ils résolvent des enquêtes, tu vois.

JEFFREY : Oui, tout pareil que Jerry. Il a raison.

ERIC : Mouais… le problème Jerry, c’est qu’on veut une série médicale.

JERRY : Ok. Alors c’est un groupe de chirurgien mais genre dans un hôpital spécial, tu vois, et y a un chef, et ils soignent des gens, tu vois.

JEFFREY : Oui, tout pareil que Jerry. Il a raison.

ERIC : Ok les gars, j’aime bien l’idée, mais on peut aller un peu plus loin, réfléchir un peu plus aux personnages?

Elle est pas belle ma petite frimousse, coco? Avec elle, on va faire mouiller les adolescents !

JERRY : Alors moi, tu vois, je vois bien une petite jeune, et genre, tu vois, elle aurait du mal à être prise au sérieux parce que genre elle est super jeune, tu vois.

JEFFREY : Oui, tout pareil que Jerry. Il a raison.

ERIC : Attendez les gars, il faut pas faire dix ans d’études pour être chirurgiens? En plus on avait dit que nos personnages sont les meilleurs chirurgiens d’Amérique, ça prendrait pas encore quelques années de plus avant de pouvoir prouver qu’on est un des meilleurs chirurgiens d’Amérique et se faire engager dans notre hôpital imaginaire?

JERRY : Heu…

JEFFREY : Heu…

ERIC : Ouais, vous avez raison, on s’en fout. Puis j’ai pile poil la petite jeune qu’il nous faut. Elle est blonde en plus. J’aime bien les blondes.

Des amis, coco, même s'ils serventà rien, il nous faut des amis ! Et qui couchent pas ensemble, hein ! Avec ça, on va faire mouiller tous les cathos !

JERRY : On aurait aussi deux amis, tu vois, genre ils sont un peu moins jeune que l’autre mais quand même, pis ils sont beaux, tu vois. Un garçon et une fille, genre il est blond, elle est brune. Complémentaires, tu vois.

JEFFREY : Oui, tout pareil que Jerry. Il a raison.

ERIC : Et y a comme une tension amoureuse entre eux?

JERRY : Oui, oui, mais genre on va faire semblant de pas la voir, tu vois. On va faire semblant que non, en fait, parce que sinon genre va falloir faire du feuilletonnant et tu vois, c’est dur le feuilletonnant.

JEFFREY : Oui, c’est dur le feuilletonnant.

ERIC : Et ils ont des spécialités, tout ça, ils servent à quoi dans l’équipe en fait?

JERRY : Heu…

JEFFREY : Heu…

ERIC : Oui, vous avez raison, on s’en fout. Puis j’ai pile poil le petit blond et la brune qu’il nous faut. Il a fait Cloverfield et elle a fait un épisode de Lost. C’est du lourd quoi !

Tu l'as vu mon black qui sourit et qui est super bien intégré, coco? Avec lui, on va faire mouiller la communauté afro-américaine !

ERIC : Attendez les mecs, ça va pas là, j’ai une blonde, un blond, une brune, mais j’ai pas de black.

JERRY : On peut avoir un asiatique?

JEFFREY : Oui, les asiatiques c’est bien dans les séries médicales, il a raison Jerry.

ERIC : (il trifouille sur son ordinateur) Ben non, ils sont tous pris sur d’autres séries.

JERRY : Tous les trois?

JEFFREY : Le trio complet?

ERIC : Oui, les trois acteurs asiatiques du studio sont pris les gars. Va falloir faire avec un black.

JERRY : Ok, alors tu vois, il est souriant, genre il a la pêche, il est de bons conseils et il fait l’accueil, tu vois.

JEFFREY : Oui,tout pareil que Jerry. Il a raison.

ERIC : C’est bien ça, les gars, c’est bien ! Un noir qui sourit, attitude positive, ouverture d’esprit, tout ça, c’est bien ! Puis j’ai pile poil le noir qu’il nous faut. Il sourit super bien.

Un australien mystérieux qui va s'asseoir en haut de l'hôpital, coco ! Avec ça, on va faire mouiller les fans de Lost !

JERRY : Alors pour le chef, tu vois, j’ai une idée de malade. Un black qui déchire, tu vois, qui a fait plein d’autres séries, tu vois, et qui a une bonne bouille sympa. Et genre, il a cinquante ans, tu vois.

JEFFREY : Cinquante ans, c’est bien, c’est un bel âge.

ERIC : Mais non les gars, vous foirez tout là. Ce mec là, le chef de cinquante ans noir, faut le tuer dés le premier épisode ! Il fait une crise et il s’en va ! Ca c’est du concept les gars, c’est du concept !

JERRY : Et il est remplacé par un Australien Mystérieux ©

JEFFREY : Australien ET mystérieux. Il a raison Jerry, c’est une bonne idée.

ERIC : Et comme c’est le chef, il sait tout sur tout.

JERRY : Parce que genre, tu vois, il regarde beaucoup Discovery Channel. Parce que genre, tu vois, en fait y a un mystère sur son passé et genre, tu vois, il a plus de vie amoureuse et il est bizarre tu vois, et genre il regarde la télé.

JEFFREY : Il regarde la télé. Discovery Channel. Super idée. Bravo Jerry.

ERIC : Génial votre chef, les mecs. Incroyable. Puis, j’ai pile poil l’acteur évanescent qui a rien fait depuis longtemps qu’il nous faut. Il a fait les Tudors.

La blonde avec un regard de cochonne, coco ! Avec ça, on va faire mouiller les journalistes de FHM !

ERIC : Juste un truc les mecs, vous seriez pas en train de me revendre CSI, là?

JERRY : Ah non, Eric, parce que tu vois, genre dans les séries médicales,  y a des histoires d’amour, tu vois.

JEFFREY : Les histoires d’amour, c’est trop le truc de Jerry. Il est trop fort pour ça.

ERIC : Ok, allez-y, qu’est-ce que vous avez en tête?

JERRY : La petite blonde, tu vois, genre elle est amoureuse de l’australien mystérieux, tu vois. Mais elle peut pas le dire, tu vois, parce qu’on croit que l’australien mystérieux il va coucher avec la brune qui sert à rien, tu vois. Et on se dit que le blond qui sert à rien il va pas être content, tu vois. Mais en fait non, tu vois. Parce que en fait, il se passe rien, tu vois, c’est juste psychologique.

JEFFREY : La psychologie, c’est trop le point fort de Jerry. Il la met toujours dans la dernière scène d’un épisode. Pas avant, toujours à la fin. Très bonne idée la psychologie, Jerry. Bravo.

ERIC : Et le black, il a quoi comme histoire d’amour?

JERRY : Heu…

JEFFREY : Heu…

ERIC : Oui, vous avez raison, on s’en fout. Du moment qu’il sourit et qu’il vient asséner des vérités super compliquées sur la psychologie et le passé des autres personnages, ça suffit.

Tu sais ce qu'il manque coco? Des lunettes de soleil. Avec ça, on va vraiment faire péter l'audimat.

ERIC : Bon, les gars, ça m’a l’air parfait tout ça. Vous pouvez commencer à shooter quand?

JERRY : (il compte sur ses doigts) Cet après-midi et demain matin pour écrire les douze premiers épisodes, demain après-midi pour gérer l’explosion du premier épisode, le casting c’est fait… Je dirai jeudi, tu vois?

JEFFREY : On peut le faire pour jeudi, comme il dit Jerry. Il est fort Jerry, c’est un super producteur.

ERIC : Parfait, parfait.

Eric se penche vers Jerry pour lui serrer la main et lui glisse à l’oreille :

ERIC : Incroyable ton nouveau petit scénariste. Il a du talent ton Jeffrey, il ira loin. Il a fait quoi avant?

JERRY : Il a créé Lost pour JJ Abrams.

Vous vous en doutez peut-être, mais au cas où je vous le dis quand même : la série a été annulée au bout de treize épisodes. J’ai vraiment hâte de voir la fin…