Si on a été plutôt bien servi question nouveautés cette semaine, force est de constater que les séries qui nous ont quitté ne laisseront pas un souvenir impérissable… quand elles ne se sont pas tout simplement vautrées dans la facilité déconcertante. Le point, donc, sur six séries qui ne feront pas de vieux os dans notre mémoire.
A tout seigneur tout honneur – non, ne cherchez pas, ça ne veut rien dire, je ne savais juste pas comment commencer cette critique – et débutons donc en beauté avec une nouvelle production BBC diffusée cinq soirs d’affilée, en l’occurrence WPC 56, qui s’intéresse à Gina Dawson, la première femme à rejoindre les rangs des forces de police en 1956. Attention, il ne s’agit en rien d’un personnage historique mais bel et bien d’une pure invention / trouvaille scénaristique pour traiter du sujet des femmes dans des métiers d’homme, où la misogynie règne en force.
L’actrice est mignonne (allez hop, on commence par une remarque limite sexiste), la réalisation tire profit du talent des anglais pour les shows historiques, et les dialogues sont plutôt soignés, mais il faut bien avouer que l’intrigue générale qui gouverne ces cinq épisodes est loin d’être franchement convaincante. En gros, il y a deux fils tirés en parallèle, une enquête sur un cadavre d’enfant retrouvé dans une mine et une autre sur un violeur en série qui attaque des femmes blondes dans un parc. Il est rapidement évident que les deux intrigues vont se rejoindre et vous aurez sans doute résolu l’affaire bien avant les protagonistes principaux. Quant aux petites affaires bouclées qui viennent ponctuer les épisodes, elles ne sont pas non plus d’une grande originalité : pour sa première affaire, notre héroïne se voit confier la recherche d’une personne disparue… en fait un chien. Oui, on voit le truc venir à des kilomètres.
Fort heureusement, le show met en scène une galerie de personnages profonds et attachants, dont on suit les enjeux (familiaux, personnels ou de travail) avec un réel plaisir. Et surtout, la série ne se plante pas sur son principal sujet, les difficultés pour une femme d’être acceptée dans un métier dit d’homme, et met très bien en avant comment certains préceptes et idées préconçues de l’époque n’ont toujours pas disparu de nos jours. On reste donc sur un avis mi-figue mi-raisin, avec un show qui tape juste sur son sujet de prédilection mais qui se plante sur une grosse partie du reste…
Final Score : 6/10
Sympathique à regarder mais malheureusement très attendue, WPC 56 pourra vous tenir en haleine pendant ses cinq épisodes mais il est fort probable que vous aurez oublié son existence d’ici quelques mois…
Deception
Non, je ne vais pas faire la blague pourrie à laquelle tout le monde s’attend vu le titre de cette série, mais il faut bien avouer que les auteurs l’ont cherché en nommant leur show Deception - qui ne veut absolument pas dire la même chose en anglais et en français. Il s’agit en effet d’une “tromperie” dans la langue de Shakespeare, titre plutôt adéquat donc quand on sait que la série nous raconte comment une jeune flic s’infiltre dans une famille de riches pour découvrir qui a tué leur fille, son ancienne meilleure amie.
Surfant ouvertement sur le succès de Revenge, NBC n’aura pas trouvé avec cette création de Liz Heldens (qui avait pourtant connu son heure de gloire sur Friday Night Lights) le prime time soap qu’il lui faut. Pas encore officiellement annulé, le show n’a clairement pas trouvé son public au vu de ses scores particulièrement décevant. Il faut dire que ce sont pas les acteurs de seconde zone ou la terrifiante réalisation qui pourra attirer qui que ce soit. Dommage pour Victor Garber et Tate Donovan, excellents sur d’autres séries, mais qui sont ici complètement à la ramasse. Au moins, comme ça, ils sont raccords avec un scénario capilotracté de haut vol, typique de ce genre de saga, où les méchants se révèlent gentils et où les personnages les plus sympathiques au début s’avèrent être de véritables enfoirés à la fin.
Le problème, c’est que pour qu’on puisse accrocher à ce genre de projet nettement vu et revu, il faut un personnage principal identifiant, aux enjeux et objectifs très forts : l’Emilie Thorne de Revenge est en ce sens une parfaite réussite alors que la pauvre Johanna Locasto de Deception vous donnera, au mieux, envie de la baffer si elle arrive déjà à attirer votre attention. Et vous vous retrouverez vite à vous demander pourquoi diable vous devriez vous intéressez à son sort, croisant les doigts pour qu’elle se fasse assassiner à chaque fin d’épisode.
Final Score : 3/10
Déjà, il faut aimer le genre du prime time soap (de la saga, comme on dit par chez nous !) – mais là, franchement, c’est tellement mal foutu dès le départ que je vous met au défi de regarder tous les épisodes sans vous endormir.
Pretty Little Liars
C’est sans doute le plus grand plaisir coupable depuis trois ans : Pretty Little Liars est assurément un mauvais show, qui cumule les défauts (une réalisation antique, des comédiennes sacrément mauvaises, des scénarios totalement outranciers), mais la série ne se prend tellement pas au sérieux et se permet des rebondissements tellement ahurissant qu’elle en devient absolument géniale. Non, bon ok, pas géniale, mais très sympathique à regarder.
Pour cette troisième saison, on savait dès le début que ce n’est pas une seule personne qui se cache derrière le pseudonyme psychopathe et omniprésent A, mais toute une bande dont on va découvrir peu à peu différents membre. Se fendant d’un special Halloween en milieu de saison qui voit nos héroïnes persécutées dans un train lancé à fond, le show rebondit par la suite en s’amusant à détruire avec beaucoup d’acharnement le personnage de Spencer, l’intello de base qui va carrément finir en asile psychiatrique. Et puis, comme chaque année, il y a le cliffhanger de fin, une fois de plus sublime. Vivement le mois de juin, que la saison 4 démarre !
Final Score : 0/10 ou 3/10
Le voici le plaisir coupable qui mérite son beau 0/10, rendant du coup la série hautement indispensable. Il faut bien avouer que le genre de délire dans lequel est entré PLL (pour les intimes) ne se retrouve absolument nulle part ailleurs, même pas quand le même network (ABC Family) tente de copier la recette avec une autre série inspirée elle aussi par des livres de la même romancière ! PLL est unique et c’est pour ça qu’on l’aime – ou qu’on s’en contrefiche.
Workaholics
Assurément l’une des comédies les plus débiles (et revendiquée comme telle) de la télé américaine, Workaholics vient d’achever sa troisième année sur un tel succès que Comedy Central a d’ores-et-déjà commandé une quatrième et une cinquième saison ! Mais alors comment expliquer l’engouement général pour les aventures de ces trois crétins de télémarketteurs qui vivent en colocation et dont les deux obsessions principales sont les filles et la drogue ?
Il faut déjà reconnaître aux quatre créateurs (Blake Anderson, Adam DeVine et Anders Holm – sans oublier Kyle Newacheck sans doute moins connu car il incarne un beaucoup plus petit rôle que les trois autres) qu’ils ne se laissent pas impressionner facilement et ne reculent devant rien pour la blague. Le monde de l’entreprise en prend pour son grade, la série démontrant un peu plus à chaque fois comment un job stupide peut rendre encore plus stupide la personne censée le faire. C’est que nos quatre chers comiques revendiquent une idée pas très américaine : le droit à la paresse, à ne pas être extraordinaire, et à ne surtout pas en vouloir “plus”. Se contenter de ce qu’on a et d’en profiter, voilà donc le leitmotiv au coeur de ces ahurissantes aventures à l’humour souvent très dégueulasse. Ceux qui ne seront pas rebutés par des kilos de vomi, les sandwichs au sperme ou autre réplique qui vise clairement sous la ceinture, pourront découvrir quelques scènes vraiment touchantes lorsque nos héros se retrouvent sur le toit de leur maison, au coucher du soleil, pour parler de la vie… et vider un pack de bières avant de tenter une énième connerie.
Final Score : 7/10
Assurément pas indispensable, Workaholics est en tous cas une très sympathique comédie qui profite de l’espace de liberté offert par Comedy Central pour repousser au maximum les barrières du bon goût. Vous l’aurez compris, on n’est pas dans une vieille sitcom à maman, mais bien dans de la joyeuse régression.
Newsreaders
Parodie d’émission de news imaginée par les créateurs des formidables Children’s Hospital et NTSF:SD:SUV::, Newsreaders propose donc à chaque épisode une enquête totalement délirante (par exemple un camp de scouts clairement organisé comme un camp de concentration…) et quelques commentaires sur la vie de Skip Reming – un vieux républicain excessif – mais qui ne sont clairement pas le point fort du programme. Comme d’habitude pour ce genre d’émission, l’intérêt varie fortement si le sujet du jour vous fait rire ou non. Mais reconnaissons une certaine qualité générale et un sens du rythme qui rend le programme très agréable à regarder. Rien de plus, rien de moins.
Final Score : 7/10
Très amusante mais pour le coup totalement dispensable, NewsReaders est une série courte (13 minutes) suffisamment amusante pour que vous puissiez y jeter un oeil.
Girls
Mais quel est le problème avec Girls ? La première saison avait marqué par son traitement réaliste et original de quatre personnages féminins en nette rupture avec l’image surannée des femmes (à l’époque) modernes de Sex and the City. Les garçons, eux, en prenaient pour leur grade avec une (petite) galerie de stéréotypes peu crédibles mais assez amusants pour qu’on accepte de les suivre. Au final, Girls première saison arrivait à manier avec talent des intrigues légères avec des dialogues percutants et un sens du réalisme assez déconcertant mais très appréciable.
Le souci, c’est que dès le début de cette deuxième saison, les clichés et travers évités auparavant viennent s’accumuler en force. Le meilleur ami gay, le petit copain noir aux idées politiques différentes (inséré de force dans la série pour répondre à la polémique selon laquelle le show ne met en scène que des blancs), le geek devenu un king, l’éternel gamin qui ne s’en sort pas, et surtout l’ineffable bad guy dont l’héroïne est amoureuse : en avant les effets racoleurs et les vieilles idées préconçues reprises par les magazines féminins pseudo-moderne ! Girls fait le tour d’horizon de tout ce dont elle avait réussi à s’éloigner pour plonger avec un manque évident d’autocritique dans la facilité décevante.
Reste, pendant un temps, des dialogues savoureux et quelques situations de comédie hautement jouissive. Mais Dunham et Appatow, qui en ont donc fini avec l’humour, décident de nous arracher des larmes sur les deux derniers épisodes, révélant les TOC de l’héroïne dans une suite de séquences indigestes et mal foutues. Les trajectoires des autres personnages s’obscurcissent soudainement sans que l’on comprenne où les deux auteurs veulent en venir, révélant au final l’effroyable gouffre de non-sens et d’absence totale de thématique dans lequel la série a sombré.
La troisième saison, déjà commandée, pourra-t-elle sauver les meubles ? Il faudra pour cela que les créateurs tout-puissants acceptent enfin qu’ils peuvent avoir tort et se planter. Du coup, c’est pas gagné.
Final Score : 4/10
Autrefois réjouissante et farfelue, doublée d’une étude de moeurs particulièrement réussi sur quatre jeunes femme ayant la vingtaine, Girls sombre cette année dans tous les clichés de la série auteurisante racoleuse qui ne se rend pas compte qu’elle reproduit le schéma qu’elle avait élégamment dépassé. Plus qu’une déception, un massacre.
Rendez vous d’ici quelques jours pour faire le point sur toute une plâtrée de sitcoms qui nous quittent !



















