Huitième rendez vous pour ce bilan de l’année, avec une spéciale “séries sacrifiées” – comprendre par là des séries avec un certain potentiel (enfin, pas pour toute, faut bien avouer) mais qui ont été annulées. Deux très courtes apparitions, des agents secrets très spéciaux, de la boxe, un remix de Grey’s Anatomy et un super héros absolument ridicule !
Et, au cas ou, rappelle de l’explication sur les notes (pour les exemples, j’ai volontairement choisi des séries qui ne sont plus diffusées) :
0/5 : une note d’exception – mais si – pour les shows à prendre au second voir au treizième degrés, les petits plaisirs pervers que j’affectionne particulièrement. Je sais que c’est mauvais, mais pour rien au monde je n’en manquerait un épisode.
1/5 : Hater gonna hate. Je déteste, je chie dessus, ça me fait chier, je vois pas pourquoi on passerait du temps à regarder ça. Typiquement l’inbitable et désespérément soporifique Big Love.
2/5 : de la bouse, quelque chose de loupé, de pas intéressant pour deux sous. Heroes, dans ses dernières saisons.
3/5 : de la série facile à regarder, qui ne va rien transcender, mais qui peut quand même bien vous occuper.
4/5 : un très bon show mais qui pèche forcément sur un ou plusieurs points. Attention, étant scénariste, j’ai toujours tendance à favoriser un bon scénario à une bonne réalisation ou un casting réussi. The 4400 (saisons 3 et 4), Alias, Friends…
5/5 : à voir absolument, série de grande qualité, sans aucune ironie de ma part. Lost (ben oui, quand même), Friday Night Lights, Sleeper Cell…
6/5 : une note d’exception – mais si – pour les shows qui ont transcendés l’histoire. Ne cherchez pas, je ne donnerai jamais cette note à une série encore en cours de diffusion. Elle ne s’applique qu’aux vrais immanquables, à ceux qui ont fait l’histoire de la série. Pour certains ce sera The Sopranos, pour d’autres The Wire, et pour les vrais Battlestar Galactica.
C’était assurément l’une des séries les plus attendues de l’année. Les premières reviews faisaient état d’un des meilleurs pilotes de la saison – et force est de constater qu’à son visionnage, nous étions tout aussi convaincu. Lone Star ou comment la FOX a coupé la tête d’un programme exceptionnel.
Le concept de la série reposait sur un arnaqueur qui mène une double vie – d’où les deux femmes sur l’affiche. Ascension sociale d’un côté, véritable amour de l’autre : tout le show fait dans la dualité. L’intrigue, qui nous fait craindre au début un concept foireux (le héros hésite un temps à rembourser tous ceux qu’il a arnaqué), rebondit très rapidement pour proposer des personnages extrêmement soigné et une vraie quête de pouvoir qui aurait pu se révéler jouissive.
Problème : les audiences sont catastrophiques… comme souvent lorsqu’un grand network met en avant un héros aux codes moraux plus que délicats. L’amérique puritaine n’est de toutes façons pas prête à suivre les aventures d’un homme polygame… Du coup, la Fox annule la série au bout de deux épisodes.
Dommage, car en plus de son scénario fascinant, la réalisation et la production value s’avéraient tout à fait à la hauteur. Avec des acteurs qui avaient encore tout à prouver, Lone Star avait vraiment de quoi se défendre.
Final Score : 4/5, série annulée au bout de deux épisodes.
Vous pouvez sérieusement faire l’impasse sur Lone Star, qui ne vous emmènera pas loin avec ses deux épisodes, et nous faire confiance quand on vous dit qu’on est passé à côté d’une très très grande série. Dans un autre univers, peut-être que la série a continué et qu’il y a des spectateurs qui se régalent !
Mockumentary très attendu (comme quoi, c’est pas bon signe), My Generation ne tiendra que deux épisodes sur ABC. Basée sur une série suédoise à succès, cette version américaine n’est apparemment pas parvenue à convaincre…
Pourtant, l’idée est assez jouissive : une équipe de télévision suit une classe de lycéen en 2000 puis les retrouve dix ans plus tard. Bien entendu, tout le monde a changé et le fait de se retrouver va faire exploser quelques petits secrets…
Une idée jouissive… seulement en apparence. Car après deux épisodes, on semble avoir fait le tour des possibilités. Impossible de poser un vrai mystère sur les personnages du passé et difficile de nous attacher plus que ça à eux dans le présent : on se retrouve avec un classique casting de pré-trentenaires en mal de vivre.
Si la réalisation joue bien le concept du mockumentary, on ne peut pas non plus dire qu’elle soit particulièrement convaincante. La production value rend bien la fin des années 90 pour la partie “passé” mais là aussi pas de quoi sauter au plafond. Et comme le casting n’est pas particulièrement mémorable, l’annulation de la série ne nous secoue pas plus que ça…
Final Score : 2/5, série annulée au bout de deux épisodes.
My Generation est l’archétype de la fausse bonne idée qui donne au final une série comme on en a déjà vu des centaines. Tout est oubliable et on comprend aisément que le public n’ait pas plus accroché que ça. A la trappe, donc.
Comme souvent avec les séries annulées pendant leur diffusion, Chaos voit ses épisodes programmés dans le désordre. Encore plus difficile donc d’accrocher au programme avec lequel CBS voulait faire revenir la comédie dans des intrigues d’espionnage…
Le gros souci de Chaos, c’est tout simplement son concept : quand on regarde une série d’espionnage, on n’a pas envie que tout soit tourné en dérision et quand on regarde une comédie on n’as pas envie de se faire chier avec des scénarios particulièrement alambiqués.
Du coup, difficile d’être vraiment convaincu par les aventures de ce groupe d’agents de la CIA aux caractères très marqués et très spéciaux. Si l’humour est réussi et les enquêtes aussi, c’est bien le mélange qui ne prend jamais et on a toujours l’impression de regarder un show qui se prend pour plus intelligent que nous. Une légère prétention, mâtinée d’auto-dérision pas toujours facile à déceler, qui annule toute crédibilité – et rend le show d’autant plus artificiel.
Final Score : 2/5, série annulée en cours de diffusion de sa première saison.
Le mélange entre comédie délirante et série d’espionnage n’était décidément pas une bonne idée : Chaos paraît toujours artificielle et on n’arrive jamais à s’attacher à ses héros qui sont pourtant sacrément bien campés. Une belle tentative, mais malheureusement un coup d’épée dans l’eau.
Dans une politique de toujours plus diversifier ses séries, FX a lancé cette année avec un certain espoir Lights Out, show musclé sur le monde de la boxe. “Everybody loves a comeback”, assurait la tagline. Dommage que la série n’ait même pas eu la chance de devenir une première fois championne…
Comme souvent chez FX, les apparences sont trompeuses : à l’image de Nip/Tuck qui n’était pas un show sur la chirurgie esthétique mais bien sur la crise de la quarantaine, Lights Out n’est pas vraiment un show sur la boxe mais sur l’identité perdue. Patrick Leary, aka “Lights”, est un ancien boxeur d’origine irlandaise, rangé des rings. Devenu un sorte de papa poule qui s’occupe de ses trois petites filles pendant que sa femme termine des études de médecine, il découvre un beau jour que son frère, qui s’occupait de gérer ses comptes, a quasiment tout perdu… Pour s’en sortir financièrement, Patrick accepte d’abord de devenir un homme de main collecteur de dettes pour un racketteur local, et à terme de remonter sur le ring pour récupérer son titre de champion (et le pactole qui va avec.) Il est temps pour Patrick de redevenir Lights.
Derrière cette histoire magistrale, il y a malheureusement des scénarios qui manquent parfois un peu de rythme ou qui traînent en longueur sur de micro-évènements qui ne nous intéressent pas particulièrement. Mais il y a une mise en scène en tout point efficace et une production value qui vous ferait presque sentir la sueur du gymnase depuis votre canapé (à moins que ce ne soit tout simplement votre propre sueur…) Le casting est juste incroyable, avec une mention spéciale à Holt Mc Callany, d’habitude abonné aux seconds rôles ou aux téléfilms assez pathétiques, et qui prouve qu’il est un acteur de grande envergure.
La série devient absolument géniale quand Patrick est diagnostiqué de pugilistic dementia, la “démence du boxeur”, un trouble neurologique qui agit directement sur la mémoire… et donc l’identité. Leary est pris en étau entre son statut de père, le boxeur qu’il était, celui qu’il veut redevenir, l’homme d’affaire, et l’homme sans mémoire qu’il est en train de devenir. Le sujet est traité jusque dans la dernière minute du show, absolument incroyable et qui promettait une deuxième saison magistrale.
Final Score : 4/5, série annulée après sa première saison.
Lights Out n’est pas loin d’être un immanquable mais il est vraiment dommage que les scénarios, et surtout le rythme des épisodes, ne soient pas à la hauteur de l’histoire magistrale qu’ils racontent. Bien que la série ait été annulée, vous pouvez (et devez, si vous aimez les histoires sur le monde du sport ou les reconquêtes d’identité) regarder cette saison qui apporte tout de même une sympathique conclusion.
Ah ah ah, Off the map ! Sans doute l’un de mes meilleurs souvenirs de cette saison, voici le show le plus (involontairement) drôle que j’ai vu depuis fort longtemps. Le concept : Grey’s Anatomy dans un petit village d’amérique du sud. Vous êtes prêts pour un ramassis de cliché ? Accrochez tout de même votre ceinture !
Que se passe-t-il quand trois jeunes docteurs rejoignent une clinique en amérique du sud, loin de toute civilisation ? On pourrait penser qu’ils vont avoir du mal à s’adapter à la culture locale, qu’ils vont devoir trouver des palliatifs aux médicaments les moins courants, que leurs amis et familles vont leur manquer… Check, check, et check dans le pilote. On peut enfin passer à ce que Shonda Rhimes préfère : les histoires d’amour peu crédibles. Du coup, l’héroïne tombe amoureuse du principal docteur, très mystérieux. Ah oui, mais il a déjà une copine rousse et en plus il a une femme dans le coma. Quel coquin. Les deux autres petits jeunes servent tellement à rien qu’on va devoir les faire coucher ensemble. Tout comme le black et la latine – on va pas commencer à faire du sexe inter-racial avec des blancs, faudrait pas choquer la ménagère.
Dépourvue de toute qualité scénaristique si ce n’est de faire franchement rire sans le vouloir, Off the map est aussi une honte en terme de production value – je ne suis jamais allé en amérique du sud mais même moi je sais que ça ne ressemble pas à ça. Du côté de la réalisation, on fait dans le plus grand galvaudage possible avec une certaine mise en abyme des passages tire-larmes, et du pathos à outrance. Quant aux acteurs, mieux vaudrait pour la suite de leur carrière qu’ils camouflent cette désastreuse aventure.
Final Score : 0/5 pour la blague, 2/5 pour ceux qui n’ont pas de second (trois millième ?) degrés.
Off the map est juste un ratage complet, une série de clichés emballée dans du pathos à outrance, le tout servi par une réalisation, une production value et des acteurs complètement à la ramasse. Une catastrophe tellement énorme qu’on en rit encore.
On pourrait presque reprendre le texte précédent pour parler de The Cape, l’autre gros accident industriel de la saison. Drôle au quatorzième degrés, cette série de super-héros ne cesse de démontrer qu’elle ne connaît absolument rien au genre et cherche juste à surfer la vague du succès des adaptations de comics…
Le moment le plus fun de la série, c’est quand on découvre que le héros va avoir une cape extensible – oui, c’est là son pouvoir ! – faite en toile d’araignée, donc indestructible. Voilà, ça vous donne le ton. Maintenant, imaginez qu’il y a aussi un méchant vilain pas beau qui dirige une multinationale et qui a des yeux qui changent de couleur. Ah, et aussi la charmante Summer Glau (qu’allait-elle faire dans cette galère ?) dont on devine très vite qu’elle est la fille du méchant qui va aider le héros à le faire tomber.
La seule réussite de la série, c’est l’idée que le héros apprend à manipuler sa cape avec une troupe de cirque – une bande de voleurs, que voulez vous on ne peut pas faire confiance à tous ces romanichels ! Quelques moments assez réussis, notamment quand la série cherche à faire rire et qu’elle y arrive franchement. Et c’est là tout le problème de la série : on a l’impression que personne ne se prend jamais au sérieux, que le ton hésite entre parodie vacharde et tentative de jouer le jeu, bref que tout le monde a le cul entre deux chaises et que personne ne sait quoi faire. The Cape est donc bien un accident industriel auquel il manquait sans doute une personnalité forte pour tenir les rênes, dont le finale ne fut même pas diffusé sur la chaîne mais uniquement sur son site web.













