18ème et avant-dernière partie de notre bilan de l’année. Pour faire plaisir à tous ceux qui aiment le fantastique et/ou la SF, on va parler aujourd’hui d’un ex-futur super héros, de sciences de l’étrange, de zombies , de la famille et des robots, et enfin de deux frères qui viennent comme chaque année nous en mettre plein la vue.
Et, au cas ou, rappelle de l’explication sur les notes (pour les exemples, j’ai volontairement choisi des séries qui ne sont plus diffusées) :
0/5 : une note d’exception – mais si – pour les shows à prendre au second voir au treizième degrés, les petits plaisirs pervers que j’affectionne particulièrement. Je sais que c’est mauvais, mais pour rien au monde je n’en manquerait un épisode.
1/5 : Hater gonna hate. Je déteste, je chie dessus, ça me fait chier, je vois pas pourquoi on passerait du temps à regarder ça. Typiquement l’inbitable et désespérément soporifique Big Love.
2/5 : de la bouse, quelque chose de loupé, de pas intéressant pour deux sous. Heroes, dans ses dernières saisons.
3/5 : de la série facile à regarder, qui ne va rien transcender, mais qui peut quand même bien vous occuper.
4/5 : un très bon show mais qui pèche forcément sur un ou plusieurs points. Attention, étant scénariste, j’ai toujours tendance à favoriser un bon scénario à une bonne réalisation ou un casting réussi. The 4400 (saisons 3 et 4), Alias, Friends…
5/5 : à voir absolument, série de grande qualité, sans aucune ironie de ma part. Lost (ben oui, quand même), Friday Night Lights, Sleeper Cell…
6/5 : une note d’exception – mais si – pour les shows qui ont transcendés l’histoire. Ne cherchez pas, je ne donnerai jamais cette note à une série encore en cours de diffusion. Elle ne s’applique qu’aux vrais immanquables, à ceux qui ont fait l’histoire de la série. Pour certains ce sera The Sopranos, pour d’autres The Wire, et pour les vrais Battlestar Galactica.
Le 16 octobre 2001, fort d’un accord un peu tendu passé avec la société d’édition de comics DC, la WB (ancien nom de la CW) diffusait le pilote d’une petite série fantastique basée sur le personnage de Superman et portant le titre de Smallville. La licence est forte, certes, mais personne n’attend vraiment au tournant ce petit programme avant tout destiné aux ados. Sans le savoir, Miles Millar et Alfred Gough viennent d’en prendre pour dix ans… et de faire un bout d’Histoire !
Car il faut bien se dire que les séries qui durent dix ans, ça se compte sur les doigts de la main. X-Files, E.R., Friends… il y en a d’autres, mais bon vous m’avez compris : quand ça dure dix ans, on se rappelle du show pendant longtemps. Du coup oui, même si vous n’aimez pas et malgré toutes les critiques qu’on peut lui faire, Smallville se fait une petite place dans la grande Histoire des séries télé.
C’est qu’il fallait les tenir ces dix ans sans collants ni vol, ce qui était la volonté première des créateurs. Un superman sans sa cape et incapable de voler, what, ce n’est pas Superman ! Pour les fans du comics, la grande force de la série a été de ne pas plagier ce qu’ils avaient déjà lu mais bel et bien de tout réinventer – au point d’ailleurs que DC a incorporé des personnages de la série (comme Chloé) dans ses comics ! Et autant vous dire que ces deux dernières années, les auteurs s’en sont donnés à coeur joie en ré-imaginant Green Arrow, toute la JSA ou encore la Legion of Super-Heroes. Un peu comme si quelqu’un avait dit : c’est bon les gars, on arrête bientôt, alors allez-y lâchez vous, faites ce que vous voulez. Résultat des courses, voilà deux ans qu’on s’éclate à regarder Smallville, qui pousse toujours le bouchon un peu plus loin, se déride complètement, ne se prend jamais au sérieux mais ne déconne pas pour autant avec la matériel de base. Le tout finir dans un BANG énorme, un double épisode final absolument jouissif, tellement fun et tellement bien incarné par Tom Welling qu’on lui pardonne toutes ses années passées à se débattre avec ses quatre expressions pour jouer Clark Kent.
Alors oui, Smallville ne s’est jamais remis de ses défauts. A commencer par une plastique assez cheap, avec des effets spéciaux pas toujours très réussis (comprendre très moche la plupart du temps), des décors qui tournent en boucle (tient, on dirait bien qu’on a déjà vu cet appartement une bonne dizaine de fois), mais surtout une structure qui plombe les scénarios avec huit minutes de vide à la fin des épisodes – enfin, de vide, dans les yeux des acteurs, qui doivent lancer de grandes tirades sur la vie, l’amour, l’héroïsme alors qu’on attend avec impatience le putain de cliffhanger de fin !
Magistrale en tout point, cette ultime saison de Smallville tourne donc une vraie page d’histoire. Le gamin né en 1990, qui avait dix ans au début de la série et qui a grandi avec elle, ne pourra s’empêcher de verser une petite larme. Nous, les grands, on a un petit pincement au coeur mais on se retient – merde, c’est Smallville quand même, les autres vont se foutre de notre gueule. Et pourtant, rah, quelle jouissance que ces deux dernières minutes, ce dernier plan, qui ferait juste hurler : up, up and away !
Final Score : 5/5 pour les fans, 2/5 pour les autres
Smallville, il faut avoir grandit avec pour l’aimer. Du coup, si vous n’êtes pas déjà fan, pas la peine de vous prendre la tête – à la limite, vous pouvez jeter un coup d’oeil au double épisode final, histoire de voir comment ça se termine. Les fans, eux, ont déjà regardé. Et tous ceux qui aiment encore la CW croisent les doigts pour que la série soit remplacé par quelque chose de potable l’année prochaine. Hein, quoi ? On me souffle dans l’oreillette “le retour de Sarah Michelle Gellar”. Si si.
Imaginée il y a trois ans par J.J. Abrams, Fringe est aussi la fille de Alex Kurtzman et Roberto Orci, deux cerveaux magnifiques que le magasine Forbes a crédité en tant que “l’arme secrète d’Hollywood, la force tranquille derrière le box office à 3 billions de dollars. Souvent dans l’ombre de J.J., ils peaufinent certains scénarios et en écrivent d’autres. Côté télé, ils étaient là sur Alias, et sont responsables de la surprenante mais réussie modernisation de Hawaii Five-0. J.J. parti vers d’autres cieux, les deux compères allaient-ils réussir à sauver un show en pleine perte d’audience ?
La bonne idée, ce fut d’abord de ne pas changer les deux showrunners (Pinkner et Wyman), deux hommes ayant fait leurs preuves sur d’autres séries de J.J. et qui savent s’embarquer dans des délires assez fous. Laissés comme deux ronds de flans après le cliffhanger de la deuxième saison, il fallait bien toute leur capacité d’innovation pour faire repartir Fringe sur de bonnes bases. Et autant dire que leur idée pour diversifier et faire rebondir la série est absolument géniale… mais on n’en parlera pas ici, au cas où certains d’entre vous ne l’auraient pas encore vu.
Du côté de la production value et de la réalisation, la série continue d’affirmer son identité visuelle relativement classe, qui sait minimiser les effets spéciaux pour mieux les valoriser. La musique nous plonge toujours aussi facilement dans cette ambiance si particulière et le tout regorge d’idées pour arriver à faire vivre un univers parfois diablement complexe.
Si les intrigues “bouclées” des épisodes s’avèrent tout à fait à la hauteur mais un poil répétitives par rapport à ce qu’on a déjà vu, c’est bien entendu au niveau du feuilletonnant que Fringe révèle tout son talent. Ne crachant sur aucun retournement de situation, même – parfois – les plus artificiels, le show se veut surprenant et particulièrement ludique, incitant toujours le spectateur à essayer d’en savoir plus, à comprendre avant les personnages ce qui est en train de se passer. La saison est pour le coup magnifiquement construite, et chaque petit élément mis en place aura son importance dans le grand déballage des trois derniers épisodes. Et comme à chaque fois, on est soufflé par le cliffhanger de fin qui ne nous rend que d’autant plus impatient de voir la suite.
Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance. La série est en pleine chute d’audience et, pour faire plus de place à American Idol, la FOX a déplacé le show au vendredi soir. Une soirée déjà connue pour être la case du suicide de série (ou du meurtre de série, selon le point de vue), mais qui plaçait en plus Fringe face à Supernatural, autre show fantastique qui attire exactement le même type de spectateurs. Mais, ouf !, la communauté de fans de Fringe est très active et a amplement soutenu le show qui a réussi, semaine après semaine, à maintenir des scores plus qu’honorable dans cette case horaire. Une bataille de gagnée, mais la guerre reprend le 23 septembre.
Final Score : 4/5, série renouvelée pour une quatrième saison.
On aurait pu se lasser de Fringe, avec des épisodes bouclés un peu redondants, s’il n’y avait le feuilletonnant remarquable, qui sait prendre tous les virages – même les plus insensés. Impossible de rester de marbre face à son final bluffant, à moins que vous ne soyez totalement réfractaire aux séries fantastiques. Vivement la suite.
Attendue comme le loup blanc, The Walking Dead était l’improbable série de zombies diffusées sur AMC, la chaîne de Breaking Bad et autre Mad Men (avant de devenir le network de The Killing, dont on parlera demain.) Adaptée d’un comics à succès de Robert Kirkman, le show se concentre sur un groupe de survivants mené Rick Grimes, un ancien shérif. Six épisodes plus tard, l’adaptation de Frank Darabont, showrunner de la série, nous a-t-elle convaincu ?
La vraie force de The Walking Dead, c’est très clairement ses personnages, qui évitent tous le monolithisme habituel des histoires de zombies. Chacun d’entre eux est singulièrement travaillé, psychologiquement approfondi, et on passe à travers les couches successives des personnalités au fur et à mesure des épisodes. Tous dotés d’un destin particulier, difficile de ne pas s’attacher à ce groupe de survivants pour qui les vraies questions sur l’humanité et le besoin de survivre en tant qu’espèce se posent quotidiennement.
On notera aussi une production value assez intéressante, qui sait nous faire croire à ses décors apocalyptiques et créer une ambiance vraiment prenante… du moins dans les premiers épisodes. Dommage que la réalisation, franchement pauvre, ne vienne pas transcender le tout mais s’enferme peu à peu dans la simple production d’images, sans réelle réflexion derrière.
Mais le gros du problème se situe au niveau du scénario (un comble quand on sait que la tagline d’AMC est story matters here). En effet, les épisodes souffrent d’une structure totalement catastrophique, d’un rythme franchement poussif et l’histoire avance par à coup improbables. On ne note aucune unité dans la série qui part dans tous les sens mais sans jamais savoir où elle veut aller, et on termine sur un season finale faussement claustro, mais surtout totalement raté, qui laisse sur une conclusion désarmante.
Si l’on ajoute à ça le fait que les acteurs sont franchement à la limite de l’insupportable (mention spéciale à Sarah Wayne Callies, transfuge de Prison Break, qui croit nous émouvoir en faisant les gros yeux toutes les cinq secondes), on comprendra aisément que ce Walking Dead pourtant démarré sur les meilleurs auspices nous laisse complètement pantois sur le long terme. Pas la pire des séries, ok, mais l’une des plus grosses déceptions de l’année.
Final Score : 3/5, série reconduite pour une deuxième saison.
Franchement, à la vue des deux derniers épisodes, j’ai hésité à mettre un 2/5. Puis je me suis souvenu des trois premiers et de l’excitation remarquable que me provoquait cette série. Du coup, on va dire que seulement la moitié de la saison est loupée, et qu’elle mérite une note médiane. Bref, vous l’aurez compris, The Walking Dead a encore du chemin à faire avant d’être une série aussi extraordinaire que beaucoup l’ont prétendu. Parce que sur la fin, ce n’était même plus un divertissement – juste un putain de calvaire.
Ah, Caprica ! Comment parler de la nouvelle série de Ronald D. Moore et Remi Aubuchon sans lancer un débat enflammé avec les fans de Battlestar Galactica ? C’est que Caprica s’est avant tout présentée comme une prequel qui expliquerait comment les cylons ont été inventés. Le truc, c’est qu’il y a mensonge sur la marchandise…
Car Caprica est loin d’être seulement un prequel, mais a une ambition tout autre : être la première série sur la famille… dans un monde de SF. Ronald D. Moore avait pourtant prévenu, tout dans le show serait fait pour ne pas répéter ce qui a été dit dans BSG. Exit les batailles spatiales et l’opposition entre les militaires et les civils, exit les réflexions sur l’extinction de la race humaine, exit aussi le mysticisme religieux halluciné des personnages vers la fin de la série. Caprica se penche avant tout sur un couple de parents incapable de faire face à la perte de leur fille, et sur la question essentielle de la résurrection. Un avatar numérique peut-il devenir l’âme d’une personne ? Toute la première partie de la série ne cesse de se poser la question tout en développant peu à peu, certes, la construction du premier cylon – il faut bien un peu de fan service que diable.
Particulièrement convaincante jusqu’à son dixième épisode, la série amorce ensuite un virage plutôt dangereux en remettant en place les intrigues politiques (mais toujours liées à la religion) chères aux créateurs de BSG. Et c’est là que le truc ne prend plus, du moins pour beaucoup de spectateurs, car on entre dans une autre série, qui serait plus un show politique mâtiné d’enquête complexe où quasiment toute forme de SF disparaît peu à peu. Enfin, si ce n’était le développement d’un monde artificiel qui peinera jusqu’à la fin à convaincre, la faute à une production value relativement déplorable dés qu’il s’agit de faire vivre un monde en 3D.
Plus lente, pas toujours bien construite, et surtout trop éloignée des attentes des fans de la première heure, cette seconde partie de la série l’aura conduite à son échec commercial et à l’annulation par Syfy. Le network s’est tout de même arrangé pour permettre aux auteurs d’offrir une vraie conclusion à la série qui renoue totalement avec son univers de base dans le dernier épisode. Mais il faudra tout de même se farcir quelques unes des séquences en image de synthèse les plus moches jamais vu à ce jour – au point qu’on en aurait presque de la peine pour la personne qui a dû boucler le show avec un budget que l’on sent ridicule.
Final Score : 3/5, série annulée à la fin de sa première saison (mais avec une vraie conclusion).
Que reste-t-il de Caprica ? Des idées courageuses, une vraie liaison sympathique avec BSG, et un univers extrêmement sympathique. Mais à trop vouloir jouer des arches différentes, le show perd son identité dans sa deuxième moitié pour offrir quelque chose qui aurait pu plaire à certains, mais certainement pas aux fans de la première heure. Caprica est un échec, mais malgré tout un magnifique échec.
Supernatural aurait du s’arrêter l’année dernière, à la fin du run de cinq ans d’Eric Kripke, créateur du show, qui affirmait avoir dit tout ce qu’il avait à dire sur la série. Mais les audiences étant… on va dire honnêtes, histoire d’être gentil, ou en tous cas pas totalement catastrophiques, et surtout la critique étant relativement dithyrambique depuis quelques saisons, la CW a désiré reconduire la série. Difficile de convaincre tout le monde de revenir, mais ce qui les a mis d’accord c’est que la nouvelle showrunneuse serait Sela Ward, ancienne assistante d’Eric Kripke et auteur sur pas mal d’épisodes. On lui faisait confiance pour tenter de perpétuer la qualité de la série – mais on ne s’attendait pas non plus à ce qu’elle fasse aussi bien. Et pourtant…
Autant vous le dire tout de suite, cette sixième saison de Supernatural est juste incroyable. En reprenant la liste et les résumés de tous les épisodes, je me suis rendu compte qu’il n’y avait absolument rien à jeter. Scénaristiquement, la série fait vraiment très très fort. D’abord dans son histoire générale, son feuilletonnant qui court tout au long de la saison, magnifiquement écrit, bourré de twists et autres retournements de situation, servis par des épisodes proprement géniaux, par exemple l’extraordinaire The Man who would be King, écrit par Ben Edlund, un monstre de travail sur la structure et l’utilisation de la temporalité dans le scénario.
Ce même Ben Edlund est aussi à l’origine de quelques uns des épisodes plus ou moins bouclés les plus inventifs jamais fait, comme ce formidable The French Mistake ou les personnages Dean et Sam se retrouvent sur le tournage… de Supernatural, à devoir se faire passer pour les terribles et franchement mauvais acteurs Jensen Ackles et Jared Padalecki. On notera aussi l’excellent My Heart will go on, dans lequel un ange retourne dans le passé pour empêcher le Titanic de couler, tout simplement parce qu’il ne supporte pas les chansons de Celine Dion, ni le film de James Cameron. Et on pourrait en citer à la pelle, tant cette saison regorge de trouvailles, de bonnes idées et de moments inoubliables.
Alors oui, la réalisation n’est pas un grand moment de cinéma, mais reconnaissons à la série une production value qui arrive à nous faire croire à des décors différents dans tous les Etats Unis semaine après semaine… alors que le show est tourné dans des petits locaux au Canada. Et si Jensen Ackles et Jared Padalecki (faut le faire quand même ces noms!) ont un peu des gueules de gravure de mode, ils maîtrisent maintenant parfaitement leurs personnages et s’avèrent de redoutables acteurs. Entouré par un casting plus que brillant (Misha Collins en Castiel est sans doute l’un des plus incroyables comédiens de l’année), les frères Winchesters continuent d’être au top du top, et Supernatural est toujours, et de très loin, l’une des meilleures séries de ces dix dernières années.






