Je me souviens d’un temps où la seule série dont je connaissais le nom de la ville dans laquelle elle se déroule était Les Simpson et la ville en question était Springfield. Mais il faut bien constater que ces dernières années ont vu la donnée géographique devenir de plus en plus importante pour les shows américains : qu’il s’agisse de réussir à représenter visuellement une grande cité, d’arriver à faire “vivre” l’état d’esprit d’un état, ou carrément de décortiquer tout le fonctionnement d’une ville, de plus en plus de séries semblent vouloir se créer une vraie identité en fonction de leur localisation. Petit tour d’horizon des tentatives les plus récentes.
Les Origines du phénomène : The Wire et Baltimore.

Ne vous faites pas avoir : ceci n'est pas un cop show !
L’une des premières séries a ouvertement assumer sa localisation et à vouloir en décrire tous le fonctionnement est assurément The Wire. Certes, d’autres séries plus anciennes se sont sûrement prises d’affection pour les villes dans lesquelles elles se déroulent, mais jamais on avait vu autant d’ardeur et de volonté dans la description de tous les systèmes qui font fonctionner une ville. A chacune de ses saisons, The Wire s’intéresse à un autre aspect de la ville : les ghettos de la saison 1 laissent place aux docks de la saison 2 avant que la série ne s’intéresse au système d’éducation, aux journalistes ou à la politique. Baltimore y devient le vrai personnage principal et fait dépasser la série du simple statut de cop-show pour devenir une vraie représentation de la ville américaine.
De la ville à l’état : de la Nouvelle-Orléans (Treme) à la Louisiane (True Blood).

Peu importe les problèmes tant qu'on a la musique !
David Simon, le principal cerveau derrière The Wire, ne pouvait pas s’arrêter là. Quelques années plus tard, le voici donc qui nous pond Treme, une série sur un quartier particulièrement pauvre de la Nouvelle-Orléans et qui a subit de plein fouet l’ouragan Katrina. Moins réussie que son précédent show, Treme s’impose tout de même comme une relativement passionnante étude d’un quartier à l’identité forte, où chacun tente de survivre et de se reconstruire, le tout en musique bien entendu ! Si les personnages viennent de milieux sociaux-professionnels différents, tentant en cela de représenter la diversité d’une telle ville, les auteurs peinent tout de même à vraiment montrer les ressorts des différents systèmes qui font vivre la Nouvelle-Orléans. En effet, le discours politique sur les causes de la catastrophe Katrina et la mauvaise gestion de la crise après le passage de l’ouragan est tellement répété et partagé par tous les personnages que l’on sent un peu trop les opinions politiques des auteurs quand on aurait aimé une vraie étude objective de la situation.

La Louisiane dans toute sa splendeur...
La Louisiane avait déjà intéressée un autre grand nom de HBO (Alan Ball, le créateur de Six Feet Under) il y a quelques années avec le lancement de True Blood, une série de vampires annoncée comme vraiment différente, et inspirée d’une série de livres (La Communauté du Sud) de Charlaine Harris. Si la série est bien différente, ce n’est pas tant par son traitement des vampires – finalement assez classique, avec son bar gothique, ses canines acérées et le teint pâle des “monstres” en question – mais par l’univers dans lequel elle se déroule : la Louisiane. Dés le générique, tout simplement splendide, on est véritablement plongé dans l’ambiance d’un État trop peu souvent représenté dans les séries, avec sa végétation si particulière, son accent à couper au couteau et ses innombrables noms français qui ne cessent de nous faire sourire. On pourrait presque sentir l’odeur d’une cuisine qui n’a rien à voir avec le reste des États-Unis !
Faire vivre un État d’esprit : le Texas (Friday Night Lights) et le Kentucky (Justified)

Dark Days in Texas
Deux ans avant True Blood, une autre série s’escrimait à représenter à la perfection la plastique et l’état d’esprit d’un État. Friday Night Lights, inspirée d’un film lui-même inspiré d’un livre, décrit le quotidien de l’équipe de football (us) du lycée de la petite ville de Dillon, au Texas. Une ville qui ne vit que par et pour son équipe de foot – ce qui ne fait qu’ajouter à la pression que peut ressentir le coach Taylor qui vient tout juste de reprendre les rênes de l’équipe. Très rapidement, ce qui fera la vraie réussite de la série, c’est sa capacité à faire vivre le Texas, à nous y transporter comme si on y avait toujours vécu. On peut presque palper la chaleur étouffante, on apprivoise facilement l’accent mâché des différents personnages, on deviendrait presque, nous aussi, des habitants de Dillon. Sans doute la seule série qui pourra vous faire aimer le Texas !

Remarquer le charmant petit drapeau à l'arrière plan...
Cette année, c’est Justified qui a tenté de nous faire aimer un État relativement peu connu mais pourtant réputé pour son poulet fris : le Kentucky. Inspiré par un personnage (et l’ambiance) de romans de Elmore Leonard, un auteur spécialisé dans le polar, la série s’intéresse à Raylan Givens, un Marshall à la gâchette facile et au tempérament particulièrement impétueux, de retour dans sa ville natale de Lexington dans le Kentucky. Au fil des épisodes, on passe des Rednecks néo-nazis aux entrepreneurs immobilier véreux en passant par un juge versé dans les clubs de strip-tease : une vision plutôt cynique d’une ville où le cow-boy fait encore la loi (le western était la première passion de Elmore Leonard) et où c’est celui qui tire le plus vite qui s’en sort toujours !
New-York, New-York : de Gossip Girl à How to Make it in America en passant par CSI : NY.

Un petit loft à la vue sympathique...
Comment vraiment se démarquer quand on est une série pour ado de plus ? Gossip Girl a sans doute trouvé la solution en s’offrant la possibilité de décrire le New-York de l’Upper East Side, c’est-à-dire le quartier des habitants les plus riches de la ville. Situé sur l’île de Manhattan, entre Central Park et l’East River, ce coin offre de magnifiques décors qui ont fait la renommée de la série – tout comme ses immeubles fastueux, ses appartements richement décorés, ainsi que ses innombrables boutiques de luxe. Une vision certes élitiste de New-York mais qui a au moins le mérite de faire rêver : n’est-ce pas le but de toute bonne série pour ado?

Quatre garçons plein d'avenir...
How to Make It in America tente de prendre le parti inverse en s’intéressant à deux pauvres garçons qui veulent fonder leur propre collection de jeans et enfin s’accrocher à une part de leur rêve américain. Malheureusement la série peine à convaincre sur le niveau de vie de ses deux protagonistes qui, avec leurs appartements de cent mètres carrés et leurs soirées où l’alcool et la drogue coulent à flot, paraissent rapidement bien moins pauvre qu’ils ne le devraient ! Voici donc un New-York un peu bobo, dans laquelle on peut s’incruster tous les soirs à un nouveau vernissage et où tout le monde travaille dans l’art ou la mode…

Oui, les CSI ont le droit de tirer dans la rue !
Quant à CSI : NY, magnifiquement renommée Les Experts : Manhattan par chez nous (pourtant les héros sortent assez souvent de l’île et se déplacent dans toute la ville!), ce cop-show de la célèbre licence ne prétend pas vouloir décrire quoi que ce soit sur la ville mais utilise son côté melting-pot pour offrir un casting de personnages aux origines diverses et variées : grecque, irlandais, italiens et même une fille du Montana s’y côtoient comme dans la réalité !
Los Angeles : a failure to make it live (90210, NCIS L.A.)

Nice, but so classic !
De l’autre côté des États-Unis, la pauvre Los Angeles est loin de recevoir le même traitement que New-York. Pourtant le cadre de nombreuses séries, LA sert surtout à montrer des jolies filles sous un soleil de plomb dans des cop-shows comme NCIS Los Angeles. 90210, qui se déroule à Beverly Hills, une ville du comté de Los Angeles, tente – dans le cadre de la série ado – de faire de Los Angeles ce que Gossip Girl a fait de New-York mais le résultat est encore loin d’être là. Cadre archi-utilisé, cette belle ville de Californie n’est plus qu’un support à séries où ce qui importe c’est d’avoir du soleil toute l’année…
Un tour à l’étranger (sic!) : Paris, version glam grâce à Gossip Girl.

Aaaahhhhhhh... Paris.......... !
Gossip Girl avait déjà déclaré plusieurs fois son amour de Paris en en faisant la ville la plus agréable à vivre (ah, l’imaginaire des américains… remarque, bon nombre de parisiens pensent que c’est New-York la ville la plus agréable au monde!) Cette année, le show passe un cap en nous promettant carrément des aventures complètes dans la capitale de la France ! Alors bien sûr, tout n’est que strass et paillette, boutique de luxe et boulangerie raffinée, on croise même un membre de la famille Grimaldi (la famille royale de Monaco) dans un musée face à un tableau de Monet. A la fin de l’épisode, j’avais moi aussi envie de vivre à Paris ! Et pourtant, j’y vis déjà…
Un tour dans le temps : Rome et Caprica.
Difficile de parler d’une série que l’on a quasiment pas vu : je ne m’étendrai donc pas sur Rome, que je n’avais pas du tout apprécié à l’époque de sa diffusion mais que je tenterai peut-être de regarde en entier plus tard. Il fallait tout de même la citer dans cet article tant la série semble avoir voulu décrire un moment de la capitale décadente de l’empire romain.

Le futur sera en images de synthèse ou ne sera pas.
Dans Caprica, prequel (série qui se déroule avant les événements d’une autre série) de Battlestar Galactica, on peut déjà sentir une vraie ville fonctionner, avec ses parias et son élite, ses problèmes de religions et de terrorisme. La série est encore jeune pour faire pleinement croire à une ville inventée de A à Z, mais les premiers épisodes laissent présager du meilleur…
Et Hawaï Five-O dans tout ça ?

Une série qui se mouille ! (pardon.)
Et si la prochaine série à prendre le pouls d’une ville et à parfaitement le restituer était Hawaï Five-O, la reprise de la (très) vieille Hawaii : Police d’État ? Si vous avez vu le trailer vous en doutez sûrement fortement, mais sait-on jamais… En tous cas, j’espère que ce petit panel aura pu vous convaincre que la ville, ou du moins l’emplacement géographique d’une série, est de plus en plus important et devient une vraie composante d’un show, dictant sa photographie, son ambiance musicale et son ambiance générale. A quand la même chose en France ?! (qui a dit Plus Belle la Vie ?)